Stratégie, tactique, psychologie des foules… Les raisons de la vague Mélenchon d’aujourd’hui

Je vous balise le chemin. Pour la question qui vous obsède aujourd’hui, vous pouvez sauter directement au 3. Car je fais avant un article très détaillé sur la campagne Mélenchon, pour ceux qui aiment la politique et aiment aussi réfléchir (bref, pas pour les fans de LFI… allez, je blague !). Et parce que je n’aurais pas le temps ce soir.

1/ Posons d’abord quelques repères :

La mémoire de l’eau. Mélenchon a mené trois campagnes présidentielles très différentes qui s’adressent chacune à un des électorats structurants de la gauche :

– 2012, la campagne sociale. Plus rouge tu meurs, c’était quasiment du Poutou en moins détendu d’ailleurs, on se souvient de son fameux : « je suis le bruit et la fureur !» Si tu as la fibre sociale, il est très improbable que tu sois passé à côté.

Objectif, convaincre qu’à côté du PS Flamby, une vraie gauche se construisait pour l’avenir.

– 2017, la campagne souverainiste-populiste, entre rupture et raison. C’était le Mélenchon apaisé, instituteur de la IIIe République en veste Hollington, que même les souverainistes de droite avaient envie de voter. Objectif, conquérir à la fois la gauche des profs qui lisent Marianne et celle des jeunes intellos précaires.

– 2022, la campagne écolo-woke ou disons sociétale. On a entendu tourner les éoliennes, senti la brise du large, plus féministe que Sandrine Rousseau, un peu imam, un peu trottinette électrique. Objectif, s’imposer pour être le vote utile à gauche en ne laissant pas une concurrence sociale-démocrate renaitre (Jadot remplacé feu le PS).

Quand vous faites la cuisine, parfois vous faites cuire, puis vous éteignez le feu et passez à autre chose. Ce qui s’appelle réserver, c’est pareil en politique. Gardez en mémoire que, si vous n’êtes pas un militant de gauche, mais que vous vous retrouvez la plupart du temps à voter plutôt à gauche, Il est plus que probable que vous ayez à un moment ou à un autre voté Mélenchon. Il est probable que vous ayez aussi été déçu ou rebuté, mais ce n’est pas très grave dans l’hypothèse d’un second tour ou seul compte la capacité du candidat à tisser les cohérences entre différentes familles et le vote utile.

2/ Mécanique du vote utile pour Mélenchon

Il n’avait rien d’évident il y a six mois. On peut imaginer qu’avec moins de fatuité et peut-être de vraies qualités (qu’à mon avis il lui manque), que sans l’épisode Sandrine Rousseau… Jadot aurait pu l’incarner et remettre un nouveau PS, Macron-poreux, en selle comme seul vote utile pour les différentes gauche au second tour. D’où, à mon avis la stratégie de pompage méthodique de son électorat par Mélenchon. Bref, on fait les tourner les éoliennes jusqu’en février…

La validation du vote musulman

L’autre élément, c’est le succès de sa stratégie la plus décriée (voir mes papiers à ce sujet). A mon avis le fait d’aller affronter le phénomène de cette campagne, Zemmour (je parle du premier débat, pas du naufrage du second) a beaucoup joué, car il a validé la stratégie de politisation de jeunes Français éloignés du vote, culturellement musulmans. Je pense que cette politisation des milieux populaires issus de l’immigration a été déterminante.

Là encore, mon petit nez au vent (je suis très attentif aux petits signes). En décembre, j’ai vu que c’était gagné. Je faisais mes emplettes de Noël au rayon géo-politique, un groupe de jeune filles franco-maghrébines passent, « Ah dit l’une, ce livre là, il faut me l’offrir, lui, je veux voter pour lui » dit-elle en parlant d’un livre de Mélenchon. Vous pouvez rire de mes micro-sondages à moi, mais en général ils fonctionnent bien. Au même moment, mes élèves de BTS m’interpellaient sur mes intentions de vote. Le terrain est glissant, car je sens parmi eux aussi bien de jeunes français humiliés qui n’ont pas le droit de dire que leur relation à la France est forte et affective (et qui votent probablement Le Pen), que des jeunes métis ou musulmans dont la relation à la politique et à la nation est plus que fragile. On a échangé un peu, je leur disais que j’étais un mélenchon-sceptique qui avait une préférence pour Montebourg. « Oh, Monsieur, votez s’il vous plait pour Mélenchon » me demanda une jeune fille voilée.

L’anecdote braquera sans doute beaucoup de français laïcs inquiets de cette résurgence du religieux et en particulier d’un Islam imprévisible et parfois violent. Il peut aussi les rassurer dans la mesure où les tensions qui se politisent ne passeront justement pas par la violence ou le replis identitaire. Tout repose sur la capacité du candidat à faire la synthèse et à montrer un chemin raisonnable entre appartenance culturelle et unité politique.

L’objectif de Méluche était de gagner, pour février, la bataille du vote utile à gauche. Elle a été gagnée. Et de fait, une majorité de militants et d’électeurs fidèles, de sensibilités diverses de gauche, préfèreront voter pour un autre mouvement que le leur, pour que la gauche soit au second tour.

3. Ce qui se passe dans la dernière ligne droite

D’abord, mon nez au vent personnel. J’étais allé en février prendre le poult de la sensibilité dont je suis potentiellement la moins éloignée, un souverainisme de gauche (qui présente l’avantage pour l’esprit) de ne pas avoir de candidat à cette élection.

a/ Les dirigeants votaient sans hésiter Roussel et il leur semblait logique d’appeler à voter Macron (…).

b/ Les militants, se voyaient bien voter Mélenchon car is ne se sentaient pas si différents de certains militants LFI.

c/ Les sympathisants, dont moi, leur avons dit très clairement que nous n’étions pas là pour chercher des consignes mais échanger des avis, que Mélenchon ou Roussel, cela pouvait se discuter, mais que voter Macron, ce n’était même pas la peine d’essayer. Même pas en rêve.

Je vous raconte l’anecdote, parce que c’est à mon avis le phénomène sur lequel peut s’appuyer le vote Mélenchon dans les derniers jours de campagne. Celui que ne comprennent pas les dirigeant de partis et le premier cercle de leurs cadres.

Les gens plus près du réel, de la sensibilité de la société le savent. Il n’y a pas d’option Macron. Si la bourgeoisie de gauche sincère, celle qui vote Roussel, peut contenir sa frustration de ne pas être au pouvoir cinq ans, pour « sauver son honneur » et appeler « à faire barrage » comme si la vie normale continuait. Cette option n’existe pas pour le peuple pour lequel la torture n’a que trop duré, sans compter que le sadique de l’Elysée a promis d’intensifier la peine.

La notion de travail forcé, chez les cadres de gauche, pour les gens qui n’auront jamais à connaitre le RSA, reste très vague. C’est très concret pour de nombreux Français pour qui le simple passage, même ponctuel, au RSA reste une expérience de vie au fer rouge.

Ce divorce entre la gauche-moyennement aisée, bureaucrate façon Roussel et la base on le retrouve dans le bénéficie des chèques du confinement :

– En haut, on a reçu beaucoup d’argent pour rester à la maison dans des conditions somme toutes confortables, accréditant l’idée que Macron pouvait avoir un côté « en même temps », un peu social (je passe même sur le cas du vote Jadot, pour qui le second tour Macron Le Pen est même une stratégie explicite pour poursuivre leur ralliement à Macron, avec les bénéfices de promotion économiques qui en découlent pour les militants).

– En bas rien, ou presque rien en chèque Macron, pour être enfermé dans des conditions difficiles, parfois pénitentiaires. Conséquence, il n’y a pas de Macron-Janus, avec une visage plus social. Le vrai visage de Macron, c’est l’oeil crevé des Gilets-Jaunes. La seule face que l’on veut voir, c’est celle qui a pris un joru une claque d’un gaulois-réfractaire. Basta !

Pour de nombreux Français des milieux populaires, le seul débat acceptable est celui de l’alternative à Macron. Ce sera Mélenchon ou Le Pen, par vote direct ou par abstention. Mais il n’y aura pas de deuxième tour de barrage. C’est une illusion de la bourgeoisie de gauche, tournant sur son nombril et ses médias parisien, de croire ce luxe quasi indolore, voir profitable.

Conclusion logique, le seul vote de barrage acceptable à l’extrême-droite, c’est le premier tour. Donc le candidat, peu importe lequel, qui se trouve le mieux placé. Il se trouve que c’est à gauche. Cela aurait pu être Roussel, Poutou, la Mère Denis ou Paul le Poulpe…peut-être même ironiquement que cela aurait pu être le très macron-complaisant Jadot. Il se trouve que ce sera Mélenchon. C’est donc Mélenchon et basta.

Ce phénomène totalement nouveau du barrage de premier tour à Le Pen (qui hacke « le système » (comme dit Macron) en quelque sorte avec son outil de vote obligatoire), pourrait avoir ce soir une conséquence inattendue selon moi. L’élimination de Macron au premier tour. Le barrage de premier tour porte en tout cas un espoir et un seul nom ce dimanche (quoi que l’on pense de la personne, de son programme, ou de son parti qui n’en est pas un, car ce n’est pas la question), Mélenchon. Mélenchon basta ! Mélenchon, sinon ? Sinon… rien.

Donc, les ami-es bon Dimenchon !

Langlois-Mallet

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