Euro. Equipe de France, le retour du destin

La dernière chose qui semblait aller de soi, couler de source en France, vient donc de lâcher subitement. L’Equipe de France, miroir narcissique de la force tranquille a sombré. Inexplicablement. Bucarest-Séville, le retour du destin ? Plongée dans la mémoire de la génération Deschamps…

Les Coqs seront donc sortis des poules (contrairement à ce que nous craignons ici la semaine dernière…) mais en effet sans réussir à traverser la route. Les anciens avaient avertis les plus jeunes, quand la France se voit trop belle, c’est que le fossé n’est pas loin. Et voilà qu’une Suisse joueuse et pleine d’allant, avec un moral incroyable, a réalisé l’impensable, non seulement battre les Champions du Monde (son voisin, son Mont-Blanc à elle), mais encore faire ressurgir tous nos vieux démons.

Quand le destin frappe trois coups

On peut perdre, on peut gagner, mais parfois c’est beaucoup plus grave : on se perd soi-même. On oublie sa force, sa raison d’être. On ne sait plus qui on est. Et c’est ce qui est arrivé hier à l’Equipe de France. Quelque chose qui ressemble à un accident industriel, imprévisible, incohérent. Sans doute parce que quelque chose a ripé dans sa perception d’elle-même.

Que la France ne parvienne pas à jouer, comme en première mi-temps, et perde bêtement aurait mis tout le monde en rage. Mais en un sens, passe encore. Mais que l’on perde après avoir mené à dix minutes de la fin 3-1 après trois éclairs de génie d’une magnifique révolte, voilà l’impensable pour une équipe dont l’identité de jeu s’est construite, reconstruite on pourrait dire, après les désillusions, sur le refus rageur de la défaite. C’est cet ADN à la fois des Bleus et la marque de fabrique personnelle, liée à l’histoire intime de l’entraîneur Didier Deschamps, qui a fait défaut hier.

La France, c’est absolument incroyable à écrire, n’a pas su « fermer derrière », alors qu’elle avait match gagné. Coup du sort, c’est juste au moment où elle oubliait elle-même ses fondamentaux, qu’elle a croisé la route d’une équipe de Suisse au moral magnifique, et qui a été capable de ce que très peu auraient fait, ne pas renoncer face à l’inéluctable montagne de la domination des Champions du Monde. Les spécialistes des statistiques vous trouveront sûrement les chiffres de ce tremblement de terre tricolore. Qu’une équipe remonte deux buts à la France parait déjà impensable, mais à dix minutes de la fin dans un match à élimination directe, de mémoire de supporter, c’est inédit.

La haine de la défaite pour ADN

On parlera sûrement des raisons, sans doute de la fatigue de stars épuisés par leur suremploi et la répétition des grands matchs (l’infirmerie affichait complet et le manque d’impact dans les duels sautait aux yeux). De la difficulté où Didier Deschamps s’est mis de composer une nouvelle défense, puis de la décomposer et de la recomposer en plein match, trouble qui ne lui ressemble guère. Mais qui nous dira comment un tel entraîneur, un tel joueur, un mental d’une telle solidité a pu oublier, perdre de vue son ADN personnel et collectif, la rage de ne jamais lâcher, le refus haineux de la défaite ?

Il n’y a bien sur aucune colère à avoir vis à vis d’une personne si exemplaire. Juste considérer, accepter, qu’à certain moment imprévu dans la vie, des choses surviennent qui nous dépassent et emportent avec elles nos plus solides certitudes. Laissant un blanc, un vide, un silence, comme celui de Mbappé muet devant le but durant tout un Euro que tout le monde annonçait comme le sien, celui qui devait lui donner le Ballon d’Or.

Hier, notre enfance et celle de Deschamps a resurgit 

Sur la pelouse de Bucarest, menant 3-1 puis remontés, tous ceux qui étaient enfants en 1982 comme Didier Deschamps ont vu redéfiler les souvenirs fondateurs de Séville. Séville l’âge d’or, Séville la légende, Séville le drame. Séville l’acte fondateur à coup sûr.

La France est alors un Petit Poucet toujours battu en foot (et même dans presque tous les sports rugby excepté). Le mental français est légendaire, c’est celui de l’éternel médaille en chocolat, du quatrième qui n’a pas démérité, du vaincu qui se trouve la bonne excuses devant les caméras, du perdant super satisfait d’avoir participé. Coubertin, Poulidor… vont sortir de ce corps collectif, celui d’une équipe de football déchaînée de 8 juillet là.

Michel Platini et ses hommes vont faire trébucher la grande, l’intouchable Allemagne dans une prolongation d’anthologie qui reste à jamais un symbole national autant qu’un monument de culture foot. Les petits Français mènent 3-1 et volent vers la première finale de leur histoire. Un Everest inimaginable pour tous les gamins que nous étions et qui ont joué et rejoué dans les terrains vagues, les parkings et les cours de recrée ce rêve d’une France victorieuse pour le voir devenir réalité cette chaude soirée du 8 juillet 1982.

Je ne redirais pas ce drame collectif (à côté duquel la défaite de cette nuit n’est qu’une péripétie dont on se remet), d’avoir été remontés à 3-3, puis finalement éliminés au tirs au but – avec une agression par ailleurs d’une violence terrible sur un Battiston qui filait vers le 4e- . Mais nous étions tous choqués. Cet espoir incroyable et cette défaite encore plus sidérante aura été le socle, la colonne vertébrale, l’échafaudage mental autour duquel toute une culture de supporter et celle d’une génération de joueurs, celle de Deschamps et des futurs champions du monde de 98 s’est construite. La leçon de ce soir de cruauté, était que les Bleus pouvaient être les meilleurs, mais ils devaient rejeter à jamais une certaine insouciance, un panache, celui qui les avait amené à 3-1 à continuer à attaquer. Ils devaient pouvoir être des Allemands, qui ferment à un moment la boutique, tue le match pour la gagne. Ne plus jamais être des perdants magnifiques.

Voilà tout ce qui a resurgi dans la défaite d’hier. Et voilà sans doute pourquoi, à chaque fois que la France s’est cru trop forte, à rebrousse poil de son idée d’elle-même, elle a disparu prématurément. Parce que toute sa culture était construite sur le fait d’être le petit dominé qui n’allait pas lâcher et finalement venir à bout du grand, renverser le destin. Ce Petit Poucet, c’était les Suisses hier et l’ogre que nous sommes devenus a mangé la poussière.

Une défaite pour grandir encore

Sans doute cette défaite, dont nous nous remettrons désormais, est elle un mal pour un bien. Le signe que nous n’avons plus besoin de cette béquille de la peur de perdre et qu’elle devient même nuisible puisqu’elle a empêché le sélectionneur d’assumer simplement sa force. De mettre sur le terrain tous ses meilleurs éléments d’attaque Mbappé, Benzema, Griezmann et Coman avec l’efficacité que l’on a vu en deuxième mi-temps. 

Il faut maintenant inventer une autre histoire. Assumer notre force offensive, mais réapprendre pour cela a être intraitables en défense. Une mue, une nouvelle étape dont Deschamps devrait dire vite si elle correspond à la sienne, ou si elle sera celle de son ancien coéquipier Zidane, entraineur libre actuellement, et qui attend avec impatience son tour à la porte de sélectionneur nationale.

L’Equipe de France, cette incroyable aventure collective intime, continue… 

Langlois-Mallet




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