Régionales IDF. Le foot sans public reste plus riche d’imprévu que les élections sans électeurs

Comme les équipes à l’Euro de foot, la Gauche régionale aborde le deuxième tour avec un effectif diminué et un nouveau système de jeu. La région capitale, imposant ses candidats à la présidentielle, il sera intéressant de voir si ce replâtrage suffit à certains face à une Droite bien immobile.


A droite d’abord, rien de nouveau. La Droite quoi !Là où l’électeur de droite est fascinant, c’est que la promesse rassurante de l’immobilité dans un monde qui s’effondre fonctionne quand même. Ils s’intoxiquent depuis quinze jours à prétendre qu’il n’y a pas de réchauffement climatique « juste des méchants qui veulent nous taxer nos 4×4 et les voyages où nous promenons notre inutilité et notre ennui au quatre coins de la planète ! »Si, peut être la seule nouveauté est-elle le soutien à Pécresse du PS de droite, les gros notables façon Huchon ou les arrivistes multicartes disponibles sur simple appel dans tous les pays, façon Valls. A part remobiliser contre eux le camp d’en-face, personne ne voit l’intérêt.

La Gauche arrive elle sur le terrain avec une nouvelle compo. Une proposition galop d’essai pour la présidentielle : « Si on reconstitue le PS mais avec 20 ans de moins et sous étendard Vert. Vous prenez ? Allez, dites oui, vous prenez ? »La nouvelle matrice culturelle commune, ne serait plus le socialisme du poing et de la rose, mais celle de la gauche post-68, des campus étatsuniens « nous sommes les minorités, trans ou immigrées, contre la méchante France centrale pollueuse. »

Exit, du moins de la vitrine, a gauche jacobine, la gauche souverainiste, ainsi que la gauche à bedaine des éléphants de papa (la gauche trop ouvertement business ayant déjà trouvé son destin auprès d’En Marche).L’offre au rayon bio est rajeunie, féminisée, avec un peu de bourgeoisie métis pour le clin d’oeil lourd (pour peu on aurait envie de relire à haute voix les chroniques de confinement de Leïla Silmani pour la bande-son). Mais que l’on se rassure, le « business et compost » façon Hidalgo reste la colonne vertébrale de l’aventure, de la bling-bling Pulvar à l’inénarrable Benoit Hamon, remis en selle pour l’occasion avec quelques autres électeurs de Macron ou macrompatibles, sans doute pour les remercier d’avoir torpillé la fugace possibilité d’une rupture en 2017.

La France Insoumise, partie pour « faire peur au système » à force d’avoir surjoué la carte protestataire du Bruit et de la Fureur, a fini par se faire peur à elle-même. Laissant la France à son sort, elle a ensuite borné ses prétention à chercher à faire peur à la Gauche en jouant la carte de l’hégémonie : « Nous allons refaire le PS autour de nous et vous serez nos satellites ! » puis, épuisée, de stratégies illisibles en coup de gueule, elle à fini par se souvenir qu’elle n’est au fond que la Gauche Socialiste hors les murs et regagne – avec ses 4% – sagement la maison commune qu’elle avait quitté et son rôle, rémunéré en élus, de force d’appoint, qui plus est sous la houlette d’Autain, rivale déclarée de Mélenchon… Fin de l’histoire ?Je ne vais pas vous promener, je trouve le programme de la Gauche meilleur et plus intéressant. Mettre les gros budgets sur l’urgente transition écologique, priorité donnée aux pauvres par rapport au golfeurs en polo. Je ne peux qu’être d’accord. Bref, je ne vous en voudrais pas si vous leur faites encore confiance.

Pour mon particulier, je ne vais pas davantage vous balader, c’est absolument impossible de faire confiance à ces gens-là. Même si je suis heureux quand je lis que le triangle naturel de Gonesse serait préservé par Monsieur Bayou, je sais que la maire Vert du XIIe vient en Louboutin devant les caméra planter un arbuste dans un bac tandis que l’on arrache, loin des caméras, les cèdres centenaires de son arrondissement. Et tout à l’avenant depuis plus de vingt ans que je me cogne dans le concret contre ces gens-là : Verts qui préfèrent la rentabilité du marketing électoral pour leur carrière personnelle à la mise en pratique des beaux principes qu’ils vendent à l’électeur ou PS qui ont achevé d’artificialiser la vie culturelle et populaire de Paris au profit du tourisme et du CAC40. Pour ne rien dire des cuisines d’Autain et de Mélenchon. Je ne peux pas et je ne vous excommunierai même pas si vous votez Pécresse par réflexe anti-Hidlagique. C’est dire !

En terrasse devant un bureau de vote déserté, dans une rue animé des jeux d’enfants, du murmure des consommateurs du dimanche et du va et vient pendulaire de petites dames stoïques suivies d’hommes aux yeux exorbités; je continue à penser que la transformation nécessaire n’est pas que celle des programmes, mais aussi celles des pratiques et partant des personnes plongées depuis trente ans dans ces jeux de dupes. Bref, que plus de 60% des Français ont raison de vouloir mettre tout cela cul par dessus tête par l’abstention. Et que je m’en sens d’autant plus solidaire que la classe politicienne n’en a, tout aussi solidairement entre elle, rien à foutre, et que même à 1%, ils penseront surtout au partage du gâteau. Ce soir – quoique curieux de voir ce que donne le match entre la droite immobile et la gauche San Francisco – je regarderai Belgique-Portugal.

Le foot, même sans public reste plus riche d’imprévus que les élections sans électeurs.

Langlois-Mallet

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