Euro de Foot : Et si les coqs ne sortaient pas des poules ? Pourquoi ton père est plus inquiet que toi…

La mémoire ! La mémoire est un disque dur qui ne te laisse pas dormir en paix…

On l’entend partout. L’équipe de France, Championne du Monde, championne d’Europe possède le meilleur joueur du monde et devant lui, une attaque de feu. Trois buteurs d’exception, le trio-magique, le meilleur buteur du championnat de France, le meilleur buteur du Clacio italien, le meilleur buteur de la première Ligue anglaise… Tous les Français en sont persuadé, la victoire est à nous ! Une étoile de plus sur le maillot, tout le monde en est si affirmatif que le fournisseur officiel de maillots des Bleus a déjà lancé la fabrication… Les sponsors affluent. Les médias du monde entier aussi. L’argent coule à flot. Jamais la France n’a eu une telle équipe de stars, au bras de mannequins à la mode, ils font la une de tous les écrans de la planète… L’Asie en raffole, en particulier la Corée du Sud où va se dérouler la compétition.

Au terminus des prétentieux

Vous l’avez peut-être compris, nous sommes en 2002. Les maillots trop tôt imprimés iront au pilon et la deuxième étoile attendra encore seize longues années. Une éternité. Contrairement à ce que croient les plus jeunes, la victoire n’a rien d’automatique, même pour des équipes absolument exceptionnelles.

Séoul 2002. Que s’est-il donc passé ?

Toute la France était en émoi, prête à revivre avec la même équipe l’été de folie de 1998. Quatre ans plutôt, cette première Coupe du Monde, à domicile, une victoire trois à zéro face au Brésil… un graal absolu que des générations de petits garçons ont joué et rejoué dans les cours de récré, les parkings et les parties de Subbuteo dans le salon familial et qui arrive… En vrai. Impensable. Inespéré. Une communion délirante de toute la population. Pour la première fois les femmes ont été de la fête du foot. Les jeunes des banlieues et les cadres parisiens s’embrassent dans les rues et dansent ensemble tout l’été la fête interminable tout l’été de « La France black-blanc-beur » au son d’I Will Survive petite chanson inaperçue sur une rupture, que nul après n’entendra plus jamais sans avoir les poils et frissonner.

Notre maître joueur, Zidane, qui vient d’offrir au Réal la Ligue des Champions sur un but de volée de légendes’est blessé quelques jours avant le début de la compétition (cela ne vous rappelle rien ?). Le match d’ouverture, donné gagné les doigts dans le nez pour les champions du monde, face à la modeste équipe du Sénégal dont c’est la première participation, tourne au fiasco (défaite 0-1). Le deuxième match face à l’Uruguay n’inquiète personne. Pourtant le scénario catastrophe se produit. Thierry Henri est expulsé, le but valable de Trézéguet est refusé (0.0). Dans ces matchs pénibles à suivre du matin, sans bière, sans copains, au petit noir du rade du coin ou au bureau, rien ne tourne rond. Les Bleus perdent le troisième face au Danemark (0.2) et rentrent honteusement à la maison. Fin des certitudes, des meilleurs du monde. Le groupe se disloque, l’été sera tête basse.

At first I was afraid, I was petrified
Au début j’avais peur, j’étais pétrifiée

La différence entre 1998 et 2002 ? Celle qui existe entre la peur et l’arrogance. En 1998, personne ne croit aux chance de la France. Personne, surtout le journal quasi officiel l’Equipe, qui s’est fait une spécialité de bâcher Aimé Jacquet l’entraineur (qui lui y croit, comme votre serviteur) qui avait été l’interviewé à Clairefontaine et à qui il avait dit « nous allons gagner », presque une blague à l’époque, face à un océan de mépris et de condescendance, un blasphème. Mon propre rédacteur en chef d’alors refusera l’interview… qui sortira dans l’Huma hebdo.

Coqs échaudés

Si la France n’est jamais aussi bonne que dos au mur, dans l’adversité, elle tombe de haut dans les certitudes et l’arrogance prennent la place de la réalité. J’aurais pu vous raconter la même histoire avec les deux suivantes; la Coupe du Monde de 2006, quand l’équipe magique se reforme et que beaucoup raillent le vieux boys-band qui repartent en tournée. Au final une épopée magique qui ira en finale. Et celle de 2010 où la France est donnée tout en haut avec ses stars nombrilistes et qui sortira honteusement par la porte du premier tour à défaut d’être sortie du bus de Knysna. Un naufrage. 

Et la liste est longue au fil des décennies pour le passionné. Dans la balance entre les certitudes enterrées dans la solitude, et les triomphes emportés de haute lutte contre l’adversité de la terre entière. Telle est le destin de cette équipe de France, symbole et miroir de l’état d’esprit d’une nation. Alors voilà pourquoi, parmi toutes les certitudes proclamées, ton père n’est pas si tranquille…

Langlois-Mallet 

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onné à partir du franc symbolique.

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