Présidentielle. Montebourg, image d’une France dans le piège mitterrandien ?

« Pouvons-nous essayer d’éviter de passer par la case Trump ? », se désolait Arnaud Montebourg invité de France Inter. Echo à une France fidèle à son idéal humaniste de justice et de solidarité (peut-on encore la dire de gauche ?) qui semble mécaniquement condamnée à n’avoir d’autre choix de deuxième tour qu’entre se tirer dans le pied une balle libérale ou une balle nationaliste. Le piège dans lequel se débat la gauche post-mitterrandienne n’est pas prêt de desserrer ses mâchoires…

Son « Bloc populaire » ? Une sorte d’anti « En même temps »

Pour « briser la tenaille entre le bloc bourgeois et le bloc réactionnaire » l’ancien ministre du redressement productif, propose la constitution d’un « bloc populaire » à vocation majoritaire dans une belle et remarquée tribune libre publiée par Le Monde*.

Montebourg, dans la classe politique, semble celui qui a le mieux compris que pour espérer « cet autre chose » dont tant de Français rêvent sourdement, il fallait une offre politique qui permette des synthèses entre ces aspirations diverses, qui dans le cadre actuel entrent en contradiction :

  • Un projet qui renoue avec la justice sociale (et laisse enfin de côté l’hystérisation d’un « sociétal » qui a besoin de repos).
  • Une économie relocalisée et ses barrières nationales posées à la globalisation folle.
    
  • Un pacte écologique (que lui voit au prix du choix du nucléaire, ce qui pose de nombreuses questions l’écologie étant fondée sur son refus).
    
  • Redéfinir un « nous » Français, pour sortir de la déprime identitaire en inscrivant un projet d’avenir conforme à nos aspirations humanistes profondes.

    C’est à dire faire l’inverse d’En Marche, si le projet présidentiel a été caractérisé comme une reconstitution du bloc bourgeois, fondé sur la fusion du libéralisme économique de droite et du libéralisme culturel de gauche. 
     

Une idée sans parti comme De Gaulle ou un cartel de partis comme Mitterrand ?

Si l’idée semble majoritaire, le passage à sa réalisation ne sera probablement pas au rendez-vous. Les deux voies possibles, fonder un mouvement indépendant – avec quels soutiens ? – ou rejoindre le nid de frelons des partis d’une Gauche dont il a tourné la page – comment, même en survivant aux piqûres de ses « amis », rassembler plus loin que les 20% de convaincus ? – semblent des impasses périlleuses.

L’entrepreneur du miel a beau avoir lancé son propre mouvement, L’engagement. Il n’a visiblement pas trouvé les moyens d’une candidature de rupture. Faute d’Appel du 18 Juin, son appel à une candidature commune à gauche semble indiquer qu’il a renoncé à l’indépendance. Il n’aurait pas la force collective d’un parti, de moyens financiers ou même le temps avant la présidentielle de convaincre une population en froid avec les urnes en prenant le risque de lancer un mouvement autonome sur ses bases à lui.

Mais cet abandon d’une possibilité de rassemblement éloigne tous les Français qui ne veulent plus entendre parler de la Gauche (synonyme pour eux, après Mitterrand et Hollande, de mensonge et de trahison quand ce n’est pas de libéralisme ou de corruption). Et se tourner vers son ancienne famille, La Gauche, qui lui offre le coup d’oeil sur un visage fermé.

La Gauche des clans rivaux

– Le PS ne cherche qu’à faire survivre son logo, même à 6% il reste preneur d’une candidature Hidalgo pour ne pas disparaitre symboliquement et maintenir un réseau d’élus, un peu comme un deuxième Parti Communiste en somme.

– Les Verts n’ont qu’un but, prouver qu’ils sont ce nouveau PS (voir même, dans l’hypothèse Jadot, le nouvel En Marche).

– Mélenchon, semble avoir tiré le rideau sur sa capacité à être entendu de tous, en rompant avec le souverainisme pour se faire porte-voix d’une seule fraction de la population de banlieue à majorité musulmane symboliquement et symétriquement opposée à la France ethnique dont la famille Le Pen se veut la voix; et ne cherche plus visiblement qu’à tuer le match à 10% face à la gauche bobo des centres villes, aux deux courants d’une même «« gauche »» urbaine et sociétale. Oscillant par ailleurs avec maladresse entre la volonté d’incarner des mouvements de protestation, comme les Gilets-Jaunes, et une certaine recherche de conformisme et de respectabilité durant la crise COVID.

Arnaud Montebourg imagine t-il pouvoir compter sur un réflexe de raison et d’unité à son profit de ces leaders ne se rendent même pas compte que la Gauche se trouve aspirée dans un scénario à l’israélienne, appelée à disparaitre complètement au profit d’un duel entre droite et extrême-droite…?

Ce petit monde politicien donne plutôt l’impression à ses électeurs d’avoir fait l’impasse sur 2022 et une présidentielle qui dans leur esprit ne sert pas à parler à tous les Français mais à se classer entre rivaux. A se compter, se départager, pour préparer la domination future espérée du fief et de son drapeau. Dans l’idée qu’il faut préparer le rassemblement des tribus rivales (un jour hypothétique de 2027) à la façon d’un Mitterrand de années 60-70. En oubliant que l’Homme de Jarnac, outre ses qualités tactiques, pouvait s’appuyer d’abord sur une majorité culturelle dans le pays.

Quand à ceux que l’on appelait naguère « le peuple de gauche », ce peuple ayant soif d’idéal, d’égalité, d’honneur, de justice, voulant simplement vivre dignement collectivement, sans amputer le futur de ses enfants, et pas seulement enfoncer son voisin pour sa pomme, lui est prié de prendre un ticket et d’attendre… Sagement ?

Langlois-Mallet


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