150 ans après. La Commune indiscutable… même à droite

Si le souvenir de la Commune continue d’être récupéré ou effacé par les partis de gauche et de droite, cette effraction du peuple dans la politique reste une conscience très vivante dans l’Est Parisien. Comme l’a montré la manifestation qui a réuni plus de 10 000 personnes ce week-end, la démocratie participative, 150 ans après, reste plus que jamais une question politique contemporaine.

Dans les milieux de la culture et de la gauche plus ou moins buissonnière ou officielle, les 150 ans de la Commune ont donné lieu à une foule d’évènements, de manifestations, de déambulations, d’ouvrages, dont le point d’orgue (ou de tambour) a été comme chaque année la montée au Mur des Fédérés du Père-Lachaise, suivie par plus de dix mille participants cette année. On retiendra le site des référence des Amis de la Commune

Ce qui m’a le plus marqué pourtant, est la reconnaissance (gênée) venue de la droite, comme celle du polémiste réactionnaire Eric Zemmour, dans cette intéressante vidéo qui a le mérite de prouver que même pour les chantres de l’hyper-conservatisme, La Commune devient aujourd’hui un évènement très difficile à contester, car très peu contestable du fait :

1/ Du patriotisme de la Commune, mais son absence de nationalisme (on dirait aujourd’hui son souverainisme)

Les Parisiens se sont révoltés d’abord par refus de la capitulation devant la Prusse. Ce patriotisme a eu historiquement raison : On ne pouvait pas céder l’Alsace et la Lorraine, et la lâcheté des pères, députés royalistes et républicains droite et gauche mêlés, a été payée par le sang des fils en 14-18.  Qu’on s’en souvienne !

Son absence de nationalisme. Un Polonais, Dąbrowski commandait l’armée de la Commune, un Hongrois, Fränkel, était ministre du travail etc. Cela nous dit que l’Europe était une réalité populaire à Paris, mais aussi que, comme sous l’Ancien Régime, l’appartenance se manifestait par la résidence et le choix, plus que par la nationalité (cette fameuse citoyenneté de résidence distincte de la nationalité qui nous serait si utile pour réussir l’intégration et que nous peinons à faire émerger de la place qu’à pris la nationalité depuis 1792).

2 / Ses très rapides innovations sociales

En deux mois, elle accouche de la base du droit du travail (dont nous bénéficions tous, même et surtout ceux qui râlent contre) et d’un principe qui 150 ans après attend encore d’être appliqué : l’égalité salariale entre les sexes (au fait c’est quand… ? ). Dans un XIXe siècle obscur pour les droits des femmes, elle un temps politique commun, rare sinon unique. Et nous lui devons aussi l’égalité des enfants illégitimes devant l’Etat Civil et l’héritage.

3/ Mais surtout d’une volonté nouvelle, la participation du peuple à la vie politique

Nous courrons tous encore aujourd’hui, à Paris plus qu’ailleurs, que nous soyons de Belleville ou du XVIe arrondissement mais aussi dans la France entière, après cette démocratie participative , communale, « à la Suisse », qui laisserait enfin de la place aux habitants à côté des élus dans l’élaboration de la loi. Pas « à la place de », mais « avec », comme le troisième pilier nécessaire à la démocratie, à côté du législatif et de l’exécutif. On croit rêver parfois en lisant par exemple que les élus étaient soumis à un mandat impératif des citoyens, qui avaient le pouvoir de les révoquer à tout moment… (on se demande parfois en 2021, si ce ne sont pas l’inverse, et les élus qui ont le pouvoir de révoquer leurs électeurs). 
Si la démocratie participative reste l’objet de mémoire vive, c’est qu’elle plus que jamais d’actualité dans notre crise de la représentation politique. Le même week-end, dans le même quartier, se déroulaient un élection législative partielle qui n’a elle réunit la participation que 15% des inscrits… Sur 80 000 électeurs, la candidate en tête en réunit 3000 voix et sa poursuivante 2500. 

Car le peuple en politique met mal à l’aise, la gauche et la droite

Cette ambition de démocratie sociale et de participation directe du peuple aux décisions qui le concernent – qu’il est très intéressant de distinguer de la démocratie élective et en particulier de la gauche parlementaire – n’est pas sans provoquer un malaise dans la classe politique. 

– A gauche, ce malaise se manifeste par la récupération, la gauche parlementaire s’attribue la Commune. Historiquement, les ancêtres politiques d’Anne Hidalgo, d’accord avec ceux de Dati et de Busyn, sont pourtant députés à Versailles et font tirer sur le peuple de Paris, comme il y a peu pour mater les Gilets-Jaunes.

A droite, c’est par l’évitement et la gêne, la confusion volontaire des victimes et des auteurs du massacre dans des périphrase de type « évènements sanglants ». On parle de répression « sévère » (sic) comme l’historien conservateur, Jean Sévilia dans Le Figaro, et on change vite de sujet. En effet, qui aujourd’hui assumerait le massacre de 20 à 30 000 Parisiens, femmes et enfants compris ? Inscrivez-vous, j’attends les noms…

Bref, tout Français aujourd’hui, avec antipathie révolutionnaire ou sympathie, est un peu Communard; comme nous sommes tous républicains, sans forcément assumer la guillotine; tous enfants du Code Civil et du Lycée de Bonaparte sans approuver le rétablissement de l’esclavage; ou vivant pleinement l’Hexagone qu’ont créé les Capétiens, sans vouloir pour autant le rétablissement des privilèges; amoureux des cathédrales sans être pratiquants etc.

J’ai été profondément touché par la force et la façon dont Belleville a manifesté son amour de La Commune ce week-end. Si vous voulez bien y songer quelques instants, plus de 10 000 Parisiens spontanément dans les rues pour un évènement vieux de cent cinquante ans (sans parler du nombre très important d’évènements et de commémorations artistiques, officieuses ou officielles etc.), c’est considérable et peut-être unique, par le nombre et la ferveur.

Je ne vois que l’exemple des fêtes Johanniques à Orléans, mais c’est aussi une célébration très officielle, une fête nationale même si elle n’est pas vraiment assumée. Et je laisse de côté les célébrations des même évènements par des partis (FN pour Jeanne d’Arc ou Commune de Paris pour le PC qui s’apparente à des annexion a posteriori); le 14 juillet et la Libération de Paris, mais l’évènement historique s’efface derrière la fête nationale.

Mais pour la Commune, il s’agit de culture vivante. D’ailleurs manifestée par la présence de luttes du moment au sein de la manifestation (comme les Gilets-Jaunes ou les Sans) qui se reconnaissent de ces anciens.

Amoureux de La Commune, je souhaite comme Parisiens que nous ayons le même élan pour nous retrouver dans le souvenir de tous nos grands moments, par exemple de Geneviève nous sauvant des Huns; ou parmi les jours heureux, les plus belles fêtes que Paris ait connu sans doute, le retour victorieux de Philippe Auguste de Bouvines qui lance véritablement la part lumineuse de notre aventure française et affirme ce qui sera l’identité de la France, l’indépendance par rapports aux puissances.

Langlois-Mallet

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