Auguste Sabatier

La boucherie appartenait à Auguste Sabatier, un oncle de ma grand-mère. C’était un personnage des Années Folles très haut en couleur !

Il avait été porté-drapeau de Lyautey et croulait sous les décorations. En 14 il sera un officier aux états de service exceptionnels, prenant les bunkers allemands au revolver… l’arrière de sa boucherie était un lieu politique et mondain près de l’Elysée et il se fera d’ailleurs élire député de Paris (Clignancourt) après avoir présidé le Comité des Fêtes de Paris.

Sa campagne électorale provoquera la colère de L’Humanité, car pas moins de quatre maréchaux de France et une brochette de généraux avaient donné un banquet pour le soutenir.

Il possédait nombre d’établissement de nuit (à Pigalle notamment) et de restaurants. Ses amours avec Joséphine Baker ont défrayé la chronique et j’ai même trouvé une note des renseignements généraux qui relate leur filature par un agent…

Bizarrement comme député, il se signale moins par la defense des intérêts militaires que par ceux du commerce, même s’il voyage beaucoup au Levan et au Maghreb, notamment près du Sultan du Maroc 🇲🇦 qui le décore de sa plus haute distinction le Nichâm Iftikar et à qui il fera visiter Les Halles en maître des lieux (« son ami le sultan du Maroc » dit la presse). Ses bons mots naïfs et ses gaffes alimentent l’équivalent des colonnes des Canard Enchaîné et il fait figure davantage d’un aventurier que d’un politique.Il échoue à se faire réélire et connaît des années 30 plus sombres, mélange de faillites et d’excès avec les Croix de Feu, de bagarre en 36 avec Marcel Paul qui lui aurait promis de lui faire la peau.

Durant l’Occupation, il est arrêté par la police française dans son somptueux appartement du 9e (un journal de déco montre ses trophées du 1er Spahis et les peaux de lion au milieu desquels il vivait en Tartarin), et emprisonné pour avoir tenté de faire libérer sans succès le gérant juif d’un de ses restaurants. Détenu à la Santé, il est libéré, part au Maroc et travaille à la Résistance (je suppose au côté de Giraud).

Bizarrement, on le retrouve en 44 de retour à Paris. Il est nommé par Pétain au conseil municipal ce qui ne l’empêche pas d’être arrêté quelques jours après et de nouveau enfermé à la Santé. La légende familiale dit qu’il entrait chez Lipp (qui lui aurait appartenu) en criant « Vive de Gaulle »… en août 44 il est déporté par le fameux et tout le aussi romanesque « Dernier Convois » qu’Hitler exige avec les derniers prisonniers politiques.

Il arrive à Buchenwald où la baraka qui l’a accompagné toute sa vie durant l’abandonne. Marcel Paul et les Communistes, qui comme plus anciens déportés, « tiennent » le camp, le liquident. Les Allemands enregistrent le décès. Mon grand-père qui l’aimait et avait visiblement gardé un bon souvenir de ses visites dans le Paris des Années Folles avait cherché à en savoir plus. On lui avait dit de cesser s’il tenait à sa peau.J’ai essayé aussi de contacter les anciens de Buchenwald, fermés dans le passé, il semblaient plus ouverts et avoir compris que pour nous, arrières-petits enfants de cette histoire, le temps était passé et que ne comptait que de comprendre comment des haines telles pouvaient amener les Français à se tuer entre-eux, au fond d’un camp nazi.

Reste l’incroyable destin d’un petit paysan pauvre de la Haute-Loire qui avait déclaré enfant « je serais riche, ou les poux me mangeront ! ».

Les deux furent vrais.

Langlois-Mallet

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