8 mars. Que fait-on de REEL pour les femmes ?


Sous la focalisation médiatique accordée aux fixettes des petites bourgeoises (clitoris en plastique, victimisation, genre…), les droits des femmes restent oubliés.

Bon, plus politiquement – une fois la part du feu faite de mes obligations polémiques*- une fois les gamines envoyées se coucher avec leurs jouets en latex, reste la vraie question : que propose t-on réellement de neuf et d’utile pour sécuriser les droits des femmes ?

Si vous avez des idées plus intéressantes que les débats sur les moeurs, allons-y. De mon point de vue, ce qui me parle le plus, c’est la démarche de Ruffin. Aller au devant des centaines de milliers de femmes qui vivent le sous-emploi, la précarité. Revaloriser leurs parcours, dans l’estime générale et dans le salaire.
Je pense à toutes ces mères qui partent au petit matin faire les ménages dans les bureaux et les hôtels, laissant les gamins souvent très jeunes se débrouiller pour accompagner leurs petits frères et soeurs à l’école et qui n’auront même pas de quoi les nourrir et les habiller décemment. Au fait que toute la société marche sur elles, repose sur leur dévouement, des crèches aux hôpitaux, des services scolaires aux caisses des magasins. On soulignera – puisqu’il est de bonne guerre de parler d’immigration ou d’Islam quand ça ne va pas- que nombre de ces femmes auxquelles nous devons tous quelques chose d’important, par une nuit d’hôpital, par le soin à un enfant ou une personne âgée, comme une bonne part des milieux populaires sont musulmanes, issues de l’histoire coloniale, fille de tirailleurs sénégalais ou de spahis morts pour la France sans reconnaissance ni pension.

Parler des femmes des milieux populaires, cela peut-être aussi parler d’immigration, mais pas que. Parce qu’en ville nous avons l’image des femmes de banlieues qui s’impose, nous devrions savoir que nous oublions les campagnes, qu’il n’y a quasiment aucun regard sur les femmes des villes moyennes, des villages, les anciens territoires ouvriers abandonnés. Une France effacée deux fois dans le regard dominant, une fois parce que loin des regards, une seconde parce qu’elle serait sans histoire, peu vendeuse. Françaises de longue mémoire, elle n’auraient rien à dire et ne valent rien que les quolibets façon Deschiens et Esprit Canal. Chevilles ouvrières et petites mains silencieuses, invisibilisées et ignorées; tant du moins qu’elles ne se mettent pas elles aussi à faire peur aux beaux quartiers, en votant FN.

En ce 8 mars, on laissera nos petites bourgeoises s’horripiler sur leurs joujoux, leur déconstruction du genre, et leurs prêt à penser identitaire made in USA et tout le barnum pas croyable qu’elles font pour que l’on regarde leur nombril. Et on aimerait des politiques qui soutiendraient un vaste mouvement d’éducation populaire et de solidarité qui fasse naitre des villages d’entraides partout en France.

Nous devrions si l’on était également un peu sérieux et si l’on arrêtait d’enfumer le débat avec la victimisation à tout propos, poser d’abord un regard sur celles qui sont à la rue. Avoir le courage d’une vraie politique prioritaire pour qu’aucune femme ne puisse être dans l’extrême misère. Là encore, le minimum que l’on doit au respect de la vie serait de prendre en considération la vulnérabilité des mères quelles qu’elles soient, sans considération des étiquettes infamantes que nous leurs collons. Quelle honte pour chacun de nous que notre pays ait laissé mourir un bébé sur une plage l’autre jours entre deux fonctionnaires armés, simplement parce que la mère qui perdait les eaux était qualifiée de « migrante ». Quelle irréparable tache, qui vient après toutes celles de l’histoire récente, des enfants Juifs, à ceux des Harkis, en passant par la colonisation. Il faudrait arrêter les jérémiades et avoir enfin un vrai sursaut politique d’estime de nous mêmes.

Nous devrions porter la plus grande attention aux dames âgées. A la fois comme trésor commun et comme reconnaissance. Là encore, on retrouve quelques passerelles que l’on pourrait jeter avec la France de l’immigration. Car nos grands-mères sont plus souvent issue de la vieille France et celles qui en prennent soin de l’histoire coloniale. On devrait utiliser ses leviers pour valoriser les unes et les autres (plutôt que de faire de l’argent en rognant leur pain et leur soupe de 16h pour les actionnaires de Korian). Jeter des passerelles aussi avec la petite enfance, repenser le village et là encore les savoirs traditionnels, même « de là-bas » seraient précieux à notre réhumanisation à tous. Car si l’on aime à pointer que les Arabes, les Noirs sont ceci et cela, et il est vrai que l’éducation des jeunes mâles pose de sacrés problèmes, il faudrait pour rester crédible ajouter qu’ils n’abandonnent pas leurs vieux comme des chiens sur les autoroutes de l’été. Et que si le Français dit « de souche » (en fait souvent américanisé) a à redire, il aurait aussi à reconnaitre et à apprendre.

J’ajouterais ma touche de tendresse et d’estime pour les putains. S’il ne tenait que de moi, je leur décernerai une médaille, une plaque de rue et un statut social valorisé et sécurisant. Mais là encore, ce sont les petites bourgeoises faux-cul des partis qui font la loi…

Je n’évoque pas la question de l’enfance bien que j’ai envie de la mettre tout en haut de nos priorités donc devant les droits des adultes (femmes ou hommes) parce qu’il n’y a pas lieu de dissocier à cet âge les droits des fillettes et des garçonnets. Leur protection, leur épanouissement, la qualité de leur avenir devrait être l’axe, le but, la raison d’être de toute la société. Et si les femmes ne sont pas exemptes lorsqu’il est question de maltraitance, force reste de constater que les femmes sont celles qui restent majoritairement les plus proches des enfants. Et que prendre soin des femmes, c’est de fait avoir aussi le soucis de l’enfance ou du moins que l’on ne peut pas faire semblant de se soucier des enfants si l’on néglige les femmes.

Les femmes ne sont bien sur pas que les souffrantes, les pauvres, les campagnardes sans retraite, les ouvrières à demi-pensionnées, mais si l’on prenait vraiment à coeur la question de la justice par la remise à niveau des plus modestes, des plus fragiles, nous ferions avancer aussi toute la société, les enfants d’abord, mais les hommes aussi.

Pour toutes le salaire égale devrait être la revendication centrale, la base des bases; cesser l’enfumage médiatique sur les moeurs, les fluides menstruels et les bouffées de chaleur et l’obsession des décharges clitoridiennes et commencer par construire la vraie autonomie, la vraie indépendance et la vraie justice du salaire et du revenu de base pour toutes. Bien sur la parité des postes de décision ne devraient même pas être un débat, mais on touche là tout de même le haut de la société qui ne se construira différemment que si l’on reconstruit la base; sauf à vouloir reproduire les mêmes inégalités sociales.

J’ai assez envie d’ajouter que pour construire une société juste aux femmes, il faudrait des hommes qui tiennent debout et non pas des lavettes, rampantes, dénigrés et n’ayant plus aucune estime d’eux-mêmes. Mais cela me mènerait encore plus loin et… j’ai un bébé qui pleure et réclame sa part de l’attention que je vous accorde. Adieu donc !

Langlois-Mallet

* Voir les deux post, d’hier : Les femmes seront-elles plus libres dans un monde qui s’écroule ? et aujourd’hui : De bouche de druide à lèvres de druidesse pour équilibrer le triptyque 8 mars.

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