Art. « Ceux qui ne sont rien »

Ceux qui ne sont rien pour les techno-affairistes, ont enfin un visage. Ce sont les musiciennes, les peintres, les poètes, les chanteurs, les auteurs, les chercheurs d’idées et de beauté, ceux qui allument des lumières dans une roulotte ou dans la ville, ceux qui réunissent les autres autour de cette magie noire suspecte, sortie des âmes et des esprits, l’art.


Je passe sur le fait, connu depuis les Grecs, que ceux qui suivent leur vocation à chercher, trouver, donner du sens à la vie, à émerveiller, à émouvoir à élever, à faire le lien entre les vivants ne dirigent pas les affaires publiques et qu’il est jugé tellement plus sérieux de préparer la guerre et la croissance sans fin.

Je passe sur l’abandon, la dévalorisation ou l’interdiction (Ici c’est Paris !) de quasi toute culture populaire. Vous savez (ou même peut-être vous avez oublié) ce truc qui se passe de toute éternité entre les humains quand ils se rassemblent autour d’un feu, d’un chant, d’une musique, d’une narration, dans un café, une salle de théâtre ou un opéra… et le grand remplacement de ce fait main, par des produits des industries culturelles pour « temps de cerveaux disponibles ».

Je passe sur l’abandon de la beauté en ville. La fonctionnalité, le béton, les casernes à la place des quartiers à taille humaine, la destruction du petit patrimoine, les commerçants singuliers remplacés par des chaines anonymes. La ville doit être rentable on le sait, elle n’a que faire de l’inutile, c’est à dire de ceux qui y vivent.

Je passe sur l’abandon de la Nature, sa destruction, sa mise en coupe, sa pollution, sa rentabilisation, tout ce qui fait notre condition de vie. Rentable ou inutile.

Ceux pour qui la vie ce n’est que le fric et le pouvoir, grimper, du sang sous les ongles, grimper toute honte bue, la bave aux lèvres, la courtisanerie pour auprès des vieux messieurs comme seul talent comme le premier d’entre-eux, avaient déjà accaparé le pouvoir et nous avions tous renoncé à le leur disputer pour ne pas finir par leur ressembler.

Mais leur malaise de vivre, leur manque de culture, d’art, de questions, de doute, de patience, d’émerveillement, de silence ne laisse jamais les autres en repos. Il leur fallait pas seulement le pouvoir, ni tout le pouvoir, mais désormais une société française toute entière normée à l’image du désert bleu pétrole du regard de Macron.

Une caserne dans laquelle les gens, masse productive, poulets de batterie, ferme des mille vaches humaines, soient réduits à sa seule utilité sur les courbes statistiques. Travaille, consomme, paye des taxes, donne nous plus, toujours plus d’argent, plus de lait avec ton sang. La société comme une usine en dehors des heures de travail.

Il leur faut désigner les inutiles. D’abord ceux qui coutent un pognon de dingue. Les gueux, les sans-dents, les vieux, les malades, puis les soignants et les enseignants.

Il y a un an, c’était pour ces vrais grands malades, ceux du pouvoir, l’hôpital et les infirmières qui étaient l’obsession ( plutôt que les masques et les respirateurs), de leur safari aux inutiles. On a vu le résultat. Ils ont été forcé d’effondrer d’eux-mêmes leur sacro-sainte déesse Croissance pour avoir négligé la santé publique sur laquelle ils ont découvert que même leur « profitabilité » repose.

Voilà bientôt un an que nous sommes plus ou moins enfermés avec une efficacité douteuse, nous signant à nous-même avec parcimonie des autorisations d’aller faire les courses.

Les théâtres, les cinémas, les cafés, les restaurants, les musées, les festivals n’ont pas le droit même de tenter de prendre des précautions quand les hypermarchés et les black-friday sont invités à dégueuler de l’humain en grappe.

On sait qu’un pouvoir culturel (un « président-philosophe » comme l’écrit un courtisan) aurait au contraire mobilisé l’intelligence et la création pour tenir le choc. Organisé mille évènements et mille idées, mis à contribution mille solutions pour encaisser et rebondir. Mais comme les humains ne sont que des machines à produire à quoi bon ? Comme les artistes et les chercheurs d’idées, les danseurs et les musiciens ne sont qu’un coût inutile, qu’ils ne servent à rien, pourquoi les appeler à la rescousse ?

Privée de liens, privée d’humains, privée de signes, privée de sens, encagée, abrutie, isolée, immobilisée, robotisée, soumise à des ordre et des contre-ordres idiots la population toute entière est en danger. Les psy alertent sur l’explosion de pathologies mentales et des dépressions.

On verra donc demain ce qu’il en est de la question de « l’inutilité » de la culture, comme on a vu hier celle de « l’inutilité » de la santé.

Mais une question demeure. Jusqu’à quand allons-nous les laisser nous détruire ? Nous savons que même leur abandonner le pouvoir ne les mets pas en repos. Quand le reprenons-nous ?

Langlois-Mallet

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