Hold-Up moment hystérique. Sommes-nous des cow-boys ou des indiens ?

Les nerfs mis à vif par les séquences d’enfermement élyséennes, la France des opinions, s’est offerte l’une de ses 70 crises annuelles destinées à départager les « bons » des « méchants ».

Que s’est-il donc passé ? Un documentaire est sorti dont l’intention, en usant de faits disparates parfois inexacts mais mis bout à bout sous forme d’enquête, était de servir la thèse que ce que nous vivons (effondrement des économies, privation de liberté, mis en danger psychologiques des populations, surinvestissement dans les multinationales du médicament…) au prétexte de la pandémie de Covid19 était non seulement voulu, mais que la maladie l’était sûrement aussi. Que se cachait sans doute derrière une volonté de gouvernance mondiale hostile aux populations. Bref, un complot. Dites-moi si mon résumé est correct, car j’avoue volontiers m’être endormi deux fois devant la susdite vidéo et donc en parler un peu en compilant ce que j’ai lu.

La vidéo viendrait de la famille d’idée de la Manif pour tous, Frigide Barjot, Civitas… Donc des méchants, et à ce titre les petits enfants citoyens, qui s’est bien connu n’ont pas de jugement et vont faire des bêtises s’ils sont mis en contact avec de mauvaises pensées, ne devraient pas la voir. La censure, comme les censeurs s’assurant par leurs cris horrifiés de scandale – comme ils se doit – une incomparable publicité à leur adversaire auprès de la masse des indifférents. Publicité doublée par le fait que la gauche Castor s’enrôle dans la croisade de la vérité contre le mal, de la lumière contre les ténèbres etc. sous la bannière de tous les pouvoirs honnis ou suspects (LREM, médias officiels discrédités dans l’opinion), trop heureux de ressouder le terreau de l’unanimité des convictions flasques, sur lesquelles se fonde les deuxièmes tours et leur maintien au pouvoir.

La formation de mon cerveau d’enfançon ayant été marqué, à l’occasion d’une visite à la BNF, par une tradition voltairienne – particularisme français aujourd’hui suspect – j’ai tendance à considérer censures et excommunications comme des dangers plus grands que les opinions même d’avis adverses. La veine du « j’ai une opinion contraire à la votre, mais je me battrai pour que vous ayez le droit de l’exprimer » me paraissant comme un fondement de bon sens de notre liberté française, si la liberté des opinions et des œuvres n’existe pas, nous sommes tous menacés en même temps que la vérité devenue parole d’évangile officielle.

Que l’on continue à se quereller pour des opinions, des motifs culturels, comme les Bouffons du XVIIIe siècle qui se cassaient les fauteuils de l’opéra sur la tête, est bien sur très sain. Mais que l’on mette au-dessus d’elle une vérité et un blasphème (même laïcisé, surtout laïcisé en fait), s’étendant par exemple aux caricatures, représente un piège mortel, ouvert dans la République par le stalinien Gayssot. On a vu récemment les mêmes hurler au blasphème pour des caricatures (assez dégueulasses par ailleurs) visant Danièle Obono et rehurler presque en même temps à front renversé, contre les Musulmans de ne pas accepter notre belle liberté de caricaturer, accréditant l’idée que la liberté est avant tout fonction d’une domination. Disons aux uns qu’on a le droit de hurler bien sûr, mais pas au nom de la censure, et aux autres de se taper dessus, pourquoi pas, mais pas avec des haches ou des couteaux.

Revenons-en au documentaire Hold-Up. Que lui reprochent les bien-pensants ? De comporter de nombreuses inexactitudes (il est vrai à la lecture de Libération on est en général vacciné) et surtout si j’ai bien compris de suggérer que nos malheurs bénéficiant toujours aux 0,01% seraient l’objet d’une volonté des mêmes bénéficiaires. Difficile à croire en effet…

On a bien compris que la réponse des auteurs était dans la question. Comme celle des contradicteurs dans l’excommunication. Très bien.

L’un ou l’autre des camps nous a t-il apporté une preuve irréfutable d’une volonté de créer en labo cette maladie à des fins d’enrichissement ? Bien sur que non. Le succès de Hold-Up (2, 3 millions de vues?) indique une chose bien plus intéressante. Nous sommes nombreux à nous poser des questions. Il y a une soif dans l’opinion de comprendre ce qui nous arrive.

Que les complotistes y répondent par la théorie que « tout est organisé», relève du normal. Nous sommes beaucoup à pencher plutôt pour l’idée que les conditions épidémiques du passage des maladies à l’homme sont crées par la mondialisation. Comme à Wuan, on enferme ensemble des espèces animales sauvages porteuses de germes inconnus (chauves-souris, pangolins…) avec d’immense concentrations industrielles d’animaux domestiques et ce bouillon de culture est en interconnexion humaine permanente par avion avec le reste de la planète : que croyez-vous qu’il arriva ?

Que des labos en tirent le bénéfice cynique d’un enrichissement désiré ; que des politiciens « libéraux » en réalité fascinés par le modèle d’une société « qui se tient sage » organisée selon leur propre esprit, en camp de travail de ceux « qui ne sont rien » pour plus de profit de « ceux qui méritent d’être premiers de cordée » en profitent pour supprimer les libertés publiques et que les deux fonctionnent comme un système endogame avec les médias qui leur appartiennent et ne font plus la part des choses entre leur intérêt et la vérité relève de l’observation de bon sens.

Dans ce contexte le sentiment qu’on les peuples d’être en grand danger est-il sérieux ou fantasmé ?

Disons d’abord un mot des racines de cette inquiétude. Je vous invite à jeter un œil aux diverses sources de la domination. Sans remonter aux Romains, les fondateurs de notre Droit, imposant l’Etat aux Gaulois en coupant des milliers de mains et en réduisant en esclavage des dizaine de milliers de vaincus ; sans passer nos journée dans les sources du haut-moyen âge et des milliers d’implacables témoignages sur la domination des seigneurs barbares Germains, la part de nous qui est « Francs », sur les populations paysannes réduites au servage (j’ai en mémoire l’histoire d’un seigneur en courroux que deux paysans veulent se marier et qui les fît enfermer ensemble tout vifs entre un arbre et son écorce jusqu’à ce que mort s’ensuive, l’évêque du lieu (sorte d’élu local à l’époque, face à une multinationale de la mafia) accourant pour tacher de les sauver);

sans aller jusqu’à la Révolution Française où ces mêmes paysans ont donné leur pouvoir à leurs descendants, certes très humanistes, mais pressés de faire voter à l’Assemblée Nationale les lois type Lechappelier qui allaient enfermer la paysannerie à la misère de l’usine durant tout le XIXe siècle;

sans non plus rappeler que la conquête des Etats-Unis s’est faite en éliminant un peuple qui s’y trouvait (fort mal à propos sur ses richesses ne les exploitant pas), notamment dans un épisode fameux de couvertures offertes, contaminées à la variole il me semble;

on pourrait parler de tous nos petits paysans de 14 ? Envoyés gambader en pantalon rouge sous les mitrailleuse allemandes camouflées, par des généraux appartenant à l’ancienne aristocratie, dont un de mes profs en anthropo pensait, sans détours superflus, que leur mort n’était qu’une « vengeance de classe » en souvenir des châteaux, et de leurs terriers, perdus durant la Révolution dans les incendies de la Grande Peur.

Sans donc convoquer l’histoire trop lointaine je vous invite à vous demander s’il est si hautement improbable que des multinationales mettent la vie de milliers d’humains en dessous de leur bilan annuel à leurs actionnaires. A jetez un œil à ce qui se passe en Amazonie, où les indiens continuent d’être tués pour que la forêt puisse devenir une usine ; à jeter un coup d’oeil à ce qui se passe un peu loin des regards, à Bornéo, au Gabon, voir plus près de nous à Beyrouth ou de demander l’avis des habitants de Rouen sur le respect de leur vie, de leur santé et de leur sécurité par Lubrizol et la nature exact du soutien dont ils ont pu compter de la part du gouvernement élu.

S’agissant de confiance en l’Etat, je pense aussi à l’histoire fameuse de tous ces Juifs qui sont allé se faire recenser en mairie parce qu’ils avaient profondément foi dans le pays des Droits de l’Homme et qui ont donc été déportés, moins d’ailleurs comme on l’a dit parce que le Gouvernement était antisémite, que parce qu’il voulait gérer lui-même son territoire, garder le contrôle, même en rendant service aux Nazis. On connait les débats dans les familles de ces malheureux et on sait que ceux qui ont survécu sont souvent ceux qui ont pris la clandestinité. Que dire aussi, encore plus près de nous, des Harkis ? De cette part de l’Algérie qui croyait au lien avec la France, Français de cœur, que l’Etat a utilisé jusqu’à la corde, puis trahi et abandonné au massacre.

On pourrait multiplier les exemples à l’infini. De mon point de vue, je crois que le peuple a une « mémoire de l’eau » qui lui dit de se méfier, comme le groupe dominant a un intérêt évident à jouer les yeux de serpent Kaa « Ayyyezzz confiaaaannnceee. »

Cela ne fonde pas la validité d’une théorie du complot dans le cas présent. Juste la piqûre de rappel que l’intérêt cynique et la loi du plus fort mènent le monde. Et la mise devant la nouvelle réalité de la mondialisation, quand les élites, notamment politique, font « sécession », cela signifie que leur propre peuple est devenu pour eux étranger, des Indiens, des colonisés qu’ils administrent autant qu’il y a profit et obéissance mais auxquels ils ne se sentent tenus par rien.

Tout ce qui met en alarme n’est donc pas à gober comme un œuf, mais tout ce qui dit « rendormez-vous » doit être tenu pour suspect.

Que les militants de gauche, les bobos, les Castors, tous ceux qui ont des caméras et ne s’en sont pas servis (trop obnubilés par les questions de mœurs, de nombril et de derrière), pour attaquer des problèmes de grande taille, embrayent en hurlant derrière la bannière de tout pouvoir, votent Macron à chaque 2e Tour, parce qu’ils sont conditionnés à regarder derrière eux, dans le confort de leur ligne Maginot mentale, la montée du doigt de l’extrême-droite bottée d’hier au lieu de voir la Lune de son avancée, en veston bleu pétrole, aujourd’hui dans la privation des libertés et la mise en place de puissances d’argent féodales, en dit avant tout long sur leur déconnection.

On peut d’ailleurs en lire le pourquoi dans le dernier bouquin de Todd : « la fausse conscience », qui les faits se sentir « élite » (et donc solidaires in fine de l’élite), dans le déni de leur appauvrissement qui les mets en réalité dans la condition des milieux populaires. Mais il leur faut, pour être « bankable », ou pécho les nanas, du moins sauver l’image.

Une vidéo ne validera évidemment pas les milieux cathos tradi pour représenter le peuple. Elle ne fera pas en elle-même le succès d’une extrême-droite ou que sais-je. Les excommunications et le sentiment de relégation, hors de la place où il faut être vu, ont par contre l’effet de créer du commun.

Mais toute cette comédie autour d’une insignifiance pointe simplement un grand abandon. Qui s’intéresse aujourd’hui au sort de la population, qui lui dit ce qui se passe, pourquoi elle souffre, comment s’organiser et où se défendre ?

David Langlois-Mallet

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