Paris. Une découverte précieuse

Ma critique (à bas bruit) de la mort (à bas bruit) de Paris a rencontré ces jours-ci des oppositions, parfois virulentes. C’est un regard que je pose en toile de fond sur une bataille, à mon avis perdue, d’une cause qui m’a tenu aux tripes la moitié de ma vie.

Paris est une ville éteinte culturellement depuis 10 ans, non pas parce qu’il n’y a plus de vernissages, de boite de nuit ou de musées, mais tout simplement parce qu’il n’y a plus de vie populaire qui en est le terreau, et que la municipalité a dégagé tous les lieux culturels indépendants pour les municipaliser, les privatiser, les définir par elle-même, les normer etc.

Ce sentiment de mort où était l’exubérance, remplacé par quelques programmation et évènementialités au fond grinçantes pour bobos, est très largement partagé par tous les amoureux de Paris que je rencontre, que je les connaisses avant ou non. Ite missa est.

Artificialisation de Paris

Je ne peux pas vous dire autre chose que la disparition de la culture populaire de Paris que je regardais éternelle – comme Notre-Dame avant les flammes – a été un des grands effondrement de ma vie. D’autant plus grand, que je me suis cru à un moment de vie, dans de belles années de reportage, le chantre de son renouveau.

Avec une volonté et des moyens on redonne vie et jeunesse à une cathédrale. Redonner vie à un quartier que l’on a vidé de son âme, à un village, on ne sait plus faire en tout cas on ne fait pas, comme pour les surfaces bétonnées des campagnes.

Encore une digression. Gamin j’étais déjà hanté par cette question de la disparition de mon quartier. Comment Haussmann avait il pu faire un terrain vague bordé de casernes, du dernier coeur de capitale médiévale intacte d’Europe ? J’avais emprunté un plan cadastral de l’Ile de la Cité à mon frère et m’étais mis au travail de réinventer mon île. J’ai très vite posé mon crayon, car j’ai tout de suite compris qu’un architecte seul pouvait détruire une ville, mais qu’il fallait pour la bâtir belle la diversité de millions de volontés sur le temps long des siècles. On ne recrée pas l’urbanité seul, c’est une oeuvre collective.

Jeune adulte, je fréquentais avec des inconnus les dernières poches de résistance et d’improbables lieux populaires du coeur de Paris comme des oasis, comme on partage un secret. Mon grand émerveillement aura été de découvrir qu’à Bellevillemontant, ce Paris qui devenait confidentiel, réservé aux initiés, était au contraire en pleine floraison et expansion, notamment au travers du renouveau des bars musicaux et de l’explosion des squats d’artistes. J’ai vraiment cru à ce printemps comme à un nouvel humanisme, m’en suis fait le chroniqueur et l’ai vu détruire « bizarrement » par la mairie « de gauche », alors que sa conscience venait d’une résistance à des politiques « de droite » (Haussmanisme- Pompidoulisme moderniste – chiraquisme bétonneur etc.)

J’ai perdu de nombreuses année à essayer de convaincre (tant de traces en témoignent) tous les partis de gauche, Verts, PS, PC… Les retrouvant toujours au contraire derrière un décret interdisant les cafés-concert, les PV des artistes de rue, ou l’expulsion d’une pépinière magique d’artistes irréductibles, un projet immobilier destructeur, remplaçant un lieu un peu foufou de quartier par un établissement gestionnaire propret. En fait toujours contre l’initiative des habitants eux-mêmes. Tout devait procéder en matière culture de l’institution : par eux, avec eux et en eux. Donc tout mourrait.

Vérité dérangeante

On m’a beaucoup reproché mon coup de foudre culturel pour NKM. Et le fait que tous mes liens étaient à gauche en a emportés une bonne part. Pour ma part, j’ai été fidèle à ma conviction sur Paris qui s’est prolongé à travers cette rencontre. Paris c’est effectivement une ville populaire dont l’ADN est Communard (donc rien à voir avec NKM) non plus qu’avec les républicains bureaucrates, d’appareil et d’administration (au sens du PS ou de ce que s’échinent à devenir Les Verts). Il y a cette spontanéité, cette liberté, qu’ils ne supportent pas, ne veulent que pour eux-mêmes.

Bizarrement cette liberté était mieux comprise par une femme de droite parce que cette autonomie donnée à la vie culturelle faisait partie du logiciel. Chose qui m’a été confirmé depuis par maint artistes, me disant qu’ils était souvent plus facile de travailler avec un maire de droite qui considérait la culture comme extérieur à son champ, qu’avec un maire de gauche qui voulait lui donner pour mission de passer son message.

Entendons-nous, je suis et reste intrinsèquement, sans doute le moins libéral (au sens politique) des citoyens. Si par libéral j’entends politique qui donne le prima au business sur la vie. Ce qui est valable de la droite bétonneuse, au DSKaïsme dont Delanoë et Hidalgo de sont que des avatars. Cette idée que l’on peut faire n’importe quoi avec la ville (le tourisme par exemple) si cela rapporte de l’argent, car de toutes les façons on pourra faire plus avec cet argent. Logiciel faux.

C’est la ville elle-même qui fabrique la ville et si un pouvoir bureaucratique la détruit ou l’en empêche, la vide de son populaire et si ce dernier n’a pas de lieux pour s’inventer collectivement, même avec plus d’argent l’administration ne pourra pas refaire. On ne fait que du vide qui tourne sur son nombril, de la galerie marchande, comme on le voit.

Ce n’est pas moi qui serait devenu libéral, c’est plutôt le libéralisme qui se vend sous plusieurs emballages Verts, PS etc. D’où la dissonance cognitive de leur communication, qui dit toujours l’inverse de ce qu’ils font « une ville décidée par les habitants…» D’où sans doute la dimension de protestation de ma « performance », pour rester dans le champ culturel.

L’autre découverte majeure de cette incursion à droite (limitée d’ailleurs à un deuxième tour de municipale faute de candidats) a eu lieu dans le préau d’une école. NKM m’avait demandé si je pouvais aller soutenir le candidat du IVe arrondissement, Vincent Roger qui ferraillait contre l’infâme Girard, l’adjoint à la culture responsable de tous nos maux. Un gaulliste droit, proche de Séguin, dans mon quartier d’enfance et dans l’école où j’ai voté des années ne pouvait que me convenir.

Les discours de campagne étaient effectivement de droite (sécurité et propreté). J’aime bien être en sécurité et une ville propre, mais mon ADN ne vibre pas à ces questions d’intendance. J’ai besoin que l’on me parle d’une ville, vraiment « de gauche » disons pour rester dans le cliché, sociale, populaire, accessible à tous etc.

Quand j’ai pris la parole, je n’ai pas changé un mot à ce que je disais souvent à un auditoire de gauche. J’ai parlé de mon quartier de la vie populaire que j’y ai connu. Des boutiques, des primeurs ou marchands de journaux, remplacés par des duty-free et des galeries d’art bidon pour touristes, des écoles que l’on fermait; de la perte de l’âme de Paris, etc Bref un discours culturel, pas au sens des équipements municipaux, mais au sens de l’âme quotidienne de ce qui fait Paris et du bonheur qu’on y a vécu au détours d’un simple coin de rue, d’une rencontre, d’un café chantant, des lieux sincères, des gens du coin et non pas de l’industrie touristique et de sa rentabilisation, de sa mono-activité , de destruction de la ville.

Il m’ont applaudit debout et, presque un peu gêné, le candidat m’a remercié en me disant que je pourrais « faire une belle carrière à droite ». Sauf que le mot carrière n’est pas dans mon ADN familial, ce serait plutôt l’inverse. C’est Chérèque je crois qui s’était moqué de mon père en disant qu’il faisait carrière à l’envers, par son refus de compromission. Ça dû déteindre.

Ce pour dire que l’amour de la ville est partagé par tous et le sentiment de la perte de la ville aussi. Qu’il est complètement faux et factice, dans une ville, de trier les gens en deux groupes antagonistes fonction du fait qu’ils placent la sécurité ou la justice en valeur cardinale. La ville, c’est d’abord de l’âme, de l’amour et de la culture.

D’autre part, il y a une hypocrisie double à vouloir faire croire à un antagonisme de la part de partis qui sont au fond d’accord pour mener la même politique de rentabilisation de la ville au détriment de ceux qui vivent. Que dire du fait de vouloir le faire respecter à coup d’excommunication de ceux qui la dénoncent ?

Enfin, au contradicteur virulent qui me demandait pour qui « je roule. » D’abord je ne roule pas, mais surtout dernièrement je ne vote même pas. C’est à dire que ma critique, par exemple hier de la communication municipale, ne doit pas être lue comme un combat destiné à remplacer machin par truc, le maire de Trifoulli les oies ou celui de Paris par quelqu’un que je ne connais pas et serais donc bien en panne de désigner ou soutenir. Mais plutôt comme une mutualisation citoyenne.

Dans cet exemple d’hier de dissonance de communication, appeler « Tiers Lieux » un lieu dont la mairie a viré les créateurs indépendants pour les remplacer par une équipe municipalisée est effectivement un abus typique.

Ou mettre en Une du fanzine de com municipal la photo d’un inconnu (sympathique ou non, compétent ou non, c’est une autre question), coopté dans les salons partisans, mais que surtout on ne connait pas, et que l’on découvre comme « maire » sous la légende que les citoyens doivent décider relève de la même manipulation typique de la boite de communication :

– « A ton avis Marjorie qu’est-ce que les habitants vont penser ? »

– « Et bien Charles les études montrent qu’ils ont le sentiment de ne pas avoir choisi leur maire. »

_ « Ouai, très bien, on fait la Une sur lui en écrivant que ce sont eux qui décident ! »

J’en profite pour dire que j’ai fait du journalisme municipal, heureusement dans un autre esprit et avec une vraie liberté ! (merci notamment à Michel Bourgain, le maire écolo d’alors de l’Ile-Saint-Denis).

Le même comportement ayant lieu dans beaucoup de villes et étant une des sources de discrédit de la politique (qui explique que seuls 18% votent encore Hidalgo à Paris ce qui ne l’empêche pas de parader et de se penser présidente de la République) je pense intéressant le retour d’expérience.

A titre d’anticorps donc, puisque le virus de la politique OGM et sans racines est trop répandu désormais… surtout chez ceux qui communiquent autour de leur image « écologiste. »

Langlois-Mallet

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