Présidentielle : « Qui pour se coltiner ce chaos ? »

Vu ce matin :« La candidature de Mélenchon après l’élection américaine, c’est comme enchaîner Game of Thrones et Loulou la brocante…»

J’ai noté aussi le mauvais moment, le mauvais endroit (TF1), mais surtout le mauvais argument : « je suis le candidat qui mettra fin à la monarchie présidentielle. »

Quelle est la question que nous nous poserons tous au moment de voter ? « Qui pour se coltiner ce chaos ? »

On résume le contexte que la (première) pandémie rend plus concret pour ceux, la majorité des Français, qui n’aiment pas anticiper (ou disons-le franchement font la politique de l’autruche). Nous allons être confronté, pour la première fois de l’humanité, à l’effondrement de nos certitudes. Que fait-on devant des évènements hors normes alors que nous étions étions au contraire habitués à un confort inouï.

Que fait-on par 50° à l’ombre sur un mois au deux ? Que fait-on quand il n’y a plus d’eau potable ? Que fait-on si la terre, épuisée de chimiothérapie, pour la première fois ne rend plus ? Que fait-on quand les eaux montent de 10, 20 ou 50 mètres ? Que fait-on devant la multiplication des évènements extrêmes etc. Que fait-on face à une pandémie qui dure un an, deux ans avec un virus qui mute sans cesse ? Que fait-on devant les vagues de déplacement de population que ces phénomènes (et la multiplication des conflits armés qui accompagnent inévitablement les pénuries essentielles) engendrent mécaniquement et dans lesquels nous nous trouvons engrenés par le jeu des alliances et des intérêts ?

Voilà pour le cadre, la toile de fond des réjouissances que les président vont commencer à devoir affronter.

Jetons un oeil aux moyens. 0,001% des gens tiennent plus de la moitié des richesses, les ont exporté en lieux sûrs et lointains et n’entendent participer à rien de commun avec les autres. 0,1% a les moyens de les imiter. Privés des ressources de l’impôt, le système public (hôpitaux, éducation) sur lequel reposait la démocratie et qui garantissait une prospérité, s’enfonce. L’effort repose tout entier sur une classe moyenne épuisée d’impôts, tandis que les milieux populaires s’enfoncent dans une précarité sans issue (15% des Français sous le seuil de pauvreté, 20% après la deuxième vague ?) etc.

Par ailleurs l’endettement de la France est colossal et le gaspillage des dernières cartouches d’emprunt, non à investir dans la reconversion vers les emplois d’avenir mais au contraire à la réanimation d’industries condamnées pèsera comme un boulet de plus.

Le peuple de guerriers pour affronter cela fait plaisir à voir

Il s’agit globalement d’une population en surpoids et angoissée, unie essentiellement par sa dose de séries TV criminelles Made in US et ses anxiolytiques pour affronter le quotidien et pour le reste parfaitement divisée dans des conflits identitaires aussi importés que parfaitement artificiels.

Selon la mode du pays dont ils dépendent culturellement, les uns se cherchent une identité sexuelle, raciale ou autre à hystériser dans des conflits (des noirs contre les blancs, des hommes contre les femmes, des homos contre les hétéros, des trans contre les homos etc).

Les autres en sont carrément à se prendre pour des bourreaux d’Arabie en auto-entreprise, décapitants, à l’arrêt de bus, ou au hasard des églises, ceux dont ils ont ouï dire qu’ils avaient déplu à des « amis » croisés sur Internet, et qu’ils ne connaissent pas. Selon leur milieu social, les ados sont invités, à l’âge de se construire, à « déconstruire » leur identité, s’ils appartiennent à la classe moyenne, ou trouvent à l’inverse relativement cohérent que l’on puisse tuer de sa propre initiative pour un rappel à la civilité dans un bus, un dessin ou que sais-je etc.

D’accord, je force un peu le trait. Mais si vous n’y reconnaissez pas forcément vos proches, vous y retrouvez l’actualité et le théâtre qui structure des mentalités qui s’arment de plus en plus en prévision d’un choc avec ces autres fantasmés et surtout si proches.

La majorité du pays reste en réalité dans un déni aimable d’un abîme qu’elle voit à côté d’elle mais pour les autres, sans cesser de se poser des questions éternelles auquel elle attend que la politique réponde : « comment devenir propriétaire de mon logement ? » pour les employés, « d’une résidence secondaire » pour les cadres.

Dans tous les cas, un président est la personne qui va se coltiner ce « merdier » disons-le. Je reconnais qu’il ne l’annonce pas. Il s’agira de dire « changeons la vie », « gagner plus », ou « une France » (forte, normale, apaisée ou ce que vous voulez en fonction de votre agence de com’

Mais la question centrale de cette élection est de trouver quelqu’un qui ait envie d’affronter le problème, même si comme je l’ai dit, les Français ont plus de chance de voter pour quelqu’un comme eux, qui soit dans le déni du problème.

Mon point de vue sur Mélenchon est qu’il n’a pas été président la dernière fois (vous savez les fameuses 600 000 vois manquantes pour être devant Macron) tout simplement parce que, même s’il a montré ses brillantes capacités d’analyse réaliste de la situation, il s’est heurté à deux choses :

– D’une part le déni des Français, qui avaient plus envie qu’un jeune banquier leur vende des produits financier censé les enrichir.

– De l’autre ses propres limites : il n’avait non seulement pas le désir de présider, mais pas celui d’affronter tous les problèmes qu’il voyait. Il se proposait de détruire la Ve et de démissionner (dans tous les sens ou ce mot est perçu). Donc d’être un parleur pas un faiseur.

Les belles analyses ne servent à rien si l’on est un idéologue, comme par exemple un homme qui a eu une vie de sénateur mitterrandien et qui a toujours rêvé, comme sa génération, de Che Guevara. Mélenchon rêve donc. d’être celui qui détruira l’oeuvre de De Gaulle et coupera une nouvelle foi la tête du roi. D’être le dernier sans-culotte de la fin de l’histoire.

Disons-le franchement, c’est une double erreur.

Sur le fond d’une part. Parce que l’invention de De Gaulle, a été de réconcilier les deux moitiés séparées de l’histoire de France, de faire la part des choses entre la monarchie et la république. C’est ce qui correspond à l’ADN de notre peuple et à son histoire. Nous n’avons pas la vertu nécessaire, nous sommes trop divisés, trop divers (à la différence de peuples comme l’Allemagne), trop

en conflits pour vivre sans arbitre. L’absence d’arbitre à nos querelles donne à chaque fois des républiques qui finissent dans des guerres épouvantables et non préparées par des politiciens occupés à plaire. C’est un garde-fou et un outil qui mis dans de bonnes mains permet l’efficacité de l’exécutif.

Les problèmes auxquels nous nous heurtons sont de deux ordres. Le déséquilibre avec un parlement, donc une république représentative, qui a perdu tout pouvoir et d’autre part l’absence de démocratie directe.

Il faut renforcer la République de deux façons : redonner du pouvoir au parlement, c’est à dire aussi limiter l’action intérieure du président et de l’autre surtout redonner du sens à la démocratie locale. Les gens doivent pouvoir décider de ce qui les concerne sur le modèle suisse des référendums.

Bref, nous avons devant nous un énorme travail de bâtisseur dans un réel déchaîné. Qui veut (vraiment) s’attaquer au boulot ? Ou allons nous continuer à être mis en danger par des présidents pour se divertir ?Tel est notre problème…

Langlois-Mallet

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