Enthoven et les règlements de comptes familiaux

On peut tous être fondés à des degrés divers, surtout dans la génération post-68 quand les parents ont posé le costume de parents (et souvent les responsabilités qui allaient avec) pour celui d’éternel ado, à jouer les Raphaël Enthoven* et à se plaindre de nos enfances, de nos parents immatures, à transformer l’espace public, selon notre force de frappe relationnelle, en divan de narcisse. Ou, selon le encore plus déconcertant sport à la mode, à se poser en victime de nos ex ou de nos relations amoureuses. Bien sûr que nous sommes victimes mais de nos mauvais choix (ou de leurs bonnes conséquences) et c’est notre grand mystère ! Si nous ne sommes en effet pas responsable de nos enfances, que sommes-nous si nous ne le sommes même pas de nos déboires d’adultes ?

Le problème de grand déballage, saturant ici l’espace médiatique et donc l’imaginaire des autres, c’est que cela n’a aucun sens et ne débouche sur rien. Que va ressentir son propre fils pris entre deux parents qui ont sorti chacun un livre de dénigrement de l’autre ?

Avec le temps les souffrances de notre enfance et les cicatrices de la rencontre avec l’autre forme théoriquement une pâte qui nous fait « nous » et qui est modelée aussi, on l’espère, d’amour et de dépassement vers ces autres que nous lançons dans la vie. Bien sûr il y a la souffrance des ancêtres dedans, mais ce narcissisme semble figer les choses dans la volonté d’être le seul finalement ou le dernier en Louis XIV de la souffrance ou de l’ennui ayant enterré tous ses enfants et petits-enfants dans un coucher de soleil glacé et sans fin. Dès lors que l’ont nie ses enfants, que reprocher à ses parents ?

L’autre aspect, plus vertigineux, c’est n’est même plus le néant de la culture, c’est la culture du néant de notre époque. Comme ce Paris populaire finissant dans un restaurant de fantaisie où ne sont plus attablés que des touristes Coréens et Japonais guettant désspérement la survenue de quelque chose de parisien; il ne reste de la vie de l’esprit brillante de St Germain des Près – grande boulangerie destinée à fabriquer notre pain intellectuel – qu’un barnum d’egos, plutôt les moins matures, sorti de Gala ou de Closer où l’on nous propose comme héros Bruni et Sarko, BHL et Dombale, voir Maud Fontenoy entre deux palais marocain. Si la place dans le café est bien celle où s’asseyait Camus, Hemingway, Prévert, Picasso, Greco, St Laurent, Sartre ou Fujita, la violence du contraste avec l’insignifiance de ces nombrils n’ajoute qu’à notre peine. A-t-on dit aux enfants de Libye — vraies victimes s’il en est — que leurs enfance sous les bombes vient d’un jeu de société dans ce salon là ? D’un 7 familles mondain et mortel Saint-Germain des Prés ? C’est tristes egos qui squattent l’image et les lieux d’une vie intellectuelle naguère brillante, se rendent-ils compte qu’ils ne nous disent pas seulement qu’ils ne sont rien, mais que nous ne sommes plus ?

Langlois-Mallet

Vous êtes plusieurs à partager l’article de Paris Match, je le mets donc ci-dessous.

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