Rentrée de Mélenchon : Un arrière goût bizarre

Mélenchon m’a fait une impression contrastée. Son discours de rentrée et plus ou moins de lancement de la présidentielle sans le dire était… étrange.

D’abord, il s’est placé sous l’égide de beaucoup de bonnes fées, des jeunes femmes en vue de son mouvement, comme pour conjurer quelque chose. Le reproche d’être un homme, solitaire dans l’exercice présidentiel, et moins jeune, poursuite de la course à l’échalote derrière le néo-féminisme, ou volonté d’émousser le dard régicide qu’une Autain a pour mission depuis toujours de lui planter dans les endosses ?

J’ai beaucoup adhéré à la première partie du discours consacré à l’écologie, non pas sous la forme des bons sentiments charitables, de capitalisme vert, d’invocations impuissantes… (« il faut faire quelque chose pour la planète », « la transition est une opportunité pour nos entreprises », « si on s’y met tous, on peut renverser la courbe du réchauffement » etc. ), mais sous la manière dont on le voit ici : un trusnami nous arrive dessus, quelque chose de choquant et d’inouï pour l’humanité, qui a à davantage à voir avec une guerre très violente, comment organise t-on la survie générale dans le cadre qui est le notre, celui de la nation ? Planifions notre résilience sur chacune des failles mortelles identifiées : centrales nucléaires, lignes à haute tension, zones inondables, péril alimentaire et en premier lieu accès à l’eau potable etc.

Jusqu’ici, si l’on peut dire, tout va bien… L’annulation de la dette et une partie du discours économique s’enclenchaient assez naturellement etc.

La suite m’a davantage posé question. La suite, c’était le discours sur la France. Cela ressemblait à un trou, à un siphon. La laïcité ne venait, à front reversé avec ceux qui en font une arme contre l’Islam, que comme un appel au respect des musulmans et il semblait que toute vision collective était aspirée par le vide créé par cet angle aveugle de la politique : l’impossible propos à tenir sur un destin commun.

Pour être sincère, je m’y attendais un peu en voyant la déchirure profonde qui s’est opérée entre ses deux électorats, celui de la présidentielle et celui des législatives, entre la gauche indigiéniste et celle la laïcarde, entre les prof retraités lecteurs de Marianne et les trentenaires de banlieues en voie de précarisation, déchirure accentuée par les purges du courant souverainiste au sein de la F.I. les revers électoraux, les impasses et errances mouvementistes et surtout matérialisé par l’initiative autour de Onfray d’une gauche républicaine, sûrement souvrainiste mais sourdement anti-arabes, parce qu’allergique à la religion comme à la diversité culturelle, qui commence à dire que le jour venu, elle préférera se retrouver avec des Français de droite ou nationalistes, qu’avec des burkinis.

Cela n’est pas surprenant, mais ce qui l’est c’est le rétrécissement de Mélenchon qui avait su, par sa stature personnelle et son verbe, mettre tout ce petit monde d’accord dans de grands appels hugoliens. Privé de cette respiration qui lui est assez naturelle, il m’a semblé en recherche d’air du côté de l’internationalisme et la révolution. Pour la troisième partie de son discours on se serait cru à la LCR au point qu’il en appelait à son passé trotskiste comme gage de vertu. Ses grandes envolées sur le genre humain, invoquant les dieux tutélaires des révolutions d’Amérique Latine, se terminant sur une Marseillaises qui tombait cuisamment à plat et semblait usurper la place de l’Internationale. Fort heureusement, personne ne pouvait lire les lèvres sous les masques de protection contre le virus.

Voilà de quoi déconcerter qui oublie que le caméléon Mélenchon est d’abord un politicien madré, ou d’expérience si vous préférez, élevé à l’admiration Mitterrandienne et à la stratégie de congrès du PS. L’heure n’est pas pour lui aux synthèses des aspirations de l’électorat, mais au rassemblement des militants — ceux qu’il a choisi ou ceux qui restent — rouges et rouges vifs visiblement, à qui il souhaite ouvrir la voie d’un engagement écologiste planifié stratégiquement depuis l’Etat.

Le candidat de l’abolition de la monarchie-présidentielle

Candidat ou cette fois animateur d’une méta-campagne dont il serait la voix sans être le nom ? La voie à s’ouvrir doit être pavée de pas mal d’inconnues pour notre Méluche lui-même qui semble n’avoir toujours pas choisi entre les personnages historiques qui le tiraillent, fantômes de ses lectures historiques, qui le font se rêver à la fois gros sénateur de la IIIe et jeune révolutionnaire dans la pampa, et l’empêche de choisir entre ses rôles de candidat assumé au fauteuil royal et nouveau coupeur de tête du roi.

Jusqu’à finir par y perdre la sienne ? Tant la France de 2022 ne sera pas celle de 2017. Les Gilets-Jaunes, les maires Verts, le tournant souverainiste, les perquisitions des juges macronistes, la COVID, Adama, le néoféminisme et la réaction en retour que ne manquera pas de susciter cette américanisation tribale de la politique au pays des Lumières et de la centralisation, et bien des choses se sont passées et se passeront jusque-là, ne semblent pas l’attendre.

Langlois-Mallet

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