Affaire Darmanin / Spatz-Patterson

Du danger de faire reposer de grandes causes sur le dos d’un cas individuel dans d’un procès même pas jugé… (et de notre médiocrité).

La démarche spontanée mais hasardeuse des militantes féministes dans l’affaire Darmanin-Spatz va délivrer, à défaut de LA vérité, des éléments de réponse politique.

Si elles n’obtiennent pas la (peu probable) démission du ministre, elles doivent obtenir a minima la politisation du dossier, de l’accusation de viol à celui d’abus de confiance et de trafic d’influence, ce qui élargirait considérablement la force de l’accusation, comme la sympathie dans l’opinion. Dans un cas comme dans l’autre, elles seront empêtrées, dans les méandres de la personnalisation de la politique à des affaires troubles entre adultes consentants dans le huis-clos ombreux d’une chambre d’hôtel ; tout autant que par la personnalités des protagonistes. Le sarkozyste pressé de parvenir par tous les moyens et l’ex call-girl au profil peu ragoutant, condamnée pour chantage, extorsion de fonds, manipulation etc.

En cas d’échec, elles risquent de considérablement renforcer la stature politique du ministre et partant celle de Macron à la présidentielle, le faisant apparaître (sur le modèle d’Anne Hidalgo tirant profit des polémiques sur les voies sur berges) comme le champion d’une cause qui n’est pas la sienne : tenir bon payera auprès d’une large part de l’opinion horripilée par l’influence des communautarismes, et d’une doxa manichéenne sur le bien pensé, instituée par des mouvements identitaires à l’américaine qui déifient en le victimisant un sexe, une orientation sexuelle, une couleur etc.

Cela retardera les évolutions réclamées par les militants des causes sociétales qui expriment leur écoeurement que le jugement ou l’arbitrage politique soit toujours rendu dans le cadre du regard de l’homme blanc hétéronormé, bourgeois, âgé, incapable de remettre en question ses préjugés et se légitimant en plus au nom de l’universalisme.

Embrayer derrière l’un ou l’autre des courants d’opinion (ou en même temps les deux comme le fait Macron), fera perdurer cette manière paresseuse pour les partis politiques de faire semblant d’agir autour de ce qui ne coute rien économiquement, ne fait rien bouger, tout en entretenant un maximum de divisions dans l’opinion… pendant que la maison brûle le homard reste croquant.

On se plait à rêver d’un courant que l’on ne voit pas dans l’opinion et qui est encore moins symbolisé dans la politique de gens sages et mûrs des deux sexes qui feraient la part des choses entre une indispensable évolution de la variété des jugements et de décision politique, sans pour autant substituer un manichéisme à une domination. Des gens capables de reconnaître que si les Darmanin peu ambitieux sur la qualité des plaisirs que des dames « se forcent » à leur donner existent, les névrosées qui « se sont fait un film » et cherchent à tirer avantage par des moyens peu scrupuleux de leur sexe ne sont pas moins courantes, que les deux font la paire finalement. Et que la partie de la société qui rabaisse l’enthousiasme sensuel au commerce ne mérite sans doute pas d’être au centre de toutes nos attentions.

Au delà du cadre politique, il y a sûrement une r-évolution culturelle à attendre de notre culture sexuelle

Je ne suis pas du tout convaincu qu’on la trouve là encore dans le mode de vie états-uniens des duels d’avocats et des dommages et intérêts ; sans doute plutôt dans la fabrique culturelle comme en tous temps quand les civilisations se sont trouvée confrontées au problème de la violence et du désir et plus souvent qu’à leur tour les femmes au problème de l’homme…
Plus que de l’avis permanent et obligatoire de Caroline de Haas en passe de remplacer les évêques de jadis, on serait assez curieux d’une tribune libre dans la presse d’Aliénor d’Aquitaine ou de Colette. Enfermer les hommes dans la « culture du viol », outre que c’est aussi enfermer les femmes, est aussi idiot et limité que de résumer les choses à une culture romantique qui fait l’impasse sur la part de violence et de danger contenue dans la sexualité, pour ne rien dire d’une culture dominante de consommation sexuelle, qui ravale l’artisanat de luxe qu’est l’autre, à un simple produit de supermarché disponible à la livraison sur simple clic.

Faute d’évolution, nous sommes non seulement condamnés à voir l’espace public occupés par des débats ineptes sur des médiocres, mais aussi à voir autour de soi beaucoup d’hommes et de femmes sortir en lambeaux d’une rencontre avec l’autre sexe, avec plus de violence physique ou psychologique selon les armes de chacun. Bien moche époque qui nous fait, témoins et complices de son néant au lieu de nous faire créateurs de son avenir.

Langlois-Mallet

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