Mélenchon, roi des sans-culottes ou Comte de Chambord des Jacobins ?

Ci-dessous, je vous passe un entretien très intéressant avec Méluche, qui lui laisse le temps de s’exprimer par grands chapitres, la République, l’Union Européenne etc. et éclaire son rapport à des questions comme le rôle des communes, les débats sur le communautarisme…
 
Cela ne change rien à ma position. Le sujet n’est pas d’être « fan » ou « anti » a priori. Juste de considérer d’abord « la feuille de poste à pourvoir ».
 
Il nous faut quelqu’un qui ait à la fois :
 
– Mesuré l’étendue de l’effondrement écologique et donc la question de survie de pose la sortie du capitalisme de consommation ;
 
– Qui spontanément, par réflexe de cœur ou expérience, se place toujours en premier lieu du côté de la justice sociale ;
 
– Qui ait l’indépendance du pays chevillée aux tripes et une vision internationale ;
 
– Et qui, culturellement et civiquement, ait la réflexion et les mots pour opérer une réconciliation sur le dossier empoisonné des identitarismes.
 
– Qui ait le culte des libertés civiques et une pratique de la démocratie collective sans laquelle il est vain d’espérer mettre les énergies en mouvement.
 
Par ailleurs il est important pour le job d’avoir une personnalité et qui ait une réflexion personnelle sur l’histoire et la société avec de la hauteur de vue et de la profondeur de banc et qui si possible sache un minimum s’exprimer clairement, sans quoi il est difficile de réconcilier les variétés de notre peuple ; qui ait si possible de l’autorité et un peu de charisme car il s’agit du successeur de De Gaulle, de Napoléon, de Robespierre ou d’Henri IV ou de Saint-Louis (quels que soient vos goûts et les siens).
 
Si vous connaissez quelqu’un répondant à peu près tout cela, je serai charmé de faire sa connaissance, mais bien que n’ayant aucune action à la France insoumise, j’ai tendance à penser depuis deux présidentielles déjà que Mélenchon ressemble le plus à l’idée que je me fais du job.
 
Quand Méluche le régicide continue de barrer l’Elysée au roi Mélenchon
 
Pour le reste, comme l’entretien le confirme, l’obstacle, entier et non résolu, sur lequel Mélenchon butte tout seul et avec constance, reste paradoxalement une Histoire de France dont il se pique tant. Comment peut-on demander à être roi quand on porte comme projet de lui re-couper la tête ?
 
Mélenchon se situe dans l’une de nos grandes traditions, le jacobinisme parlementaire, ce qui est tout à son honneur. Mais pourquoi diable vouloir rejouer les matchs passés et mettre à bas le Gaullisme ? Est-ce la question de 2020 ? Est-ce un virus de ses racines Mitterrandiennes et une nostalgie du Palais Bourbon de la IVe République ? Est-ce l’insistance dans l’étroitesse scolaire d’une lecture idéologique à la Michelet, celle d’une France naissant avec la Révolution ?
 
Ignore t-il que nos valeurs humanistes transcendent toute notre histoire et que le prestige moral et politique de la France éclairait déjà le Moyen-Age et la Renaissance ? Qu’en France la conscience communale – et ses évêques élus au suffrage universel – est antérieure à la monarchie ? Que le parlementarisme même coexiste avec la monarchie qui doit composer avec lui depuis au moins Philippe le Bel ? Comment fermer les yeux sur le fait que le Général de Gaulle a sauvé ce que le parlementarisme a perdu plusieurs fois dans trois guerres au court du XXe siècle… ?
 
Faire l’impasse sur tant de choses, pousse surtout Mélenchon à un inventer une hypothétique IIIe République 2.0 au moyen d’une Constituante (pourquoi pas ? Sauf qu’il en a déjà démocratiquement fixé le résultat) qui a pour premier effet de le condamner lui-même. Au lieu de proposer de s’incarner simplement avec les outils que l’Histoire lui donne, ceux de la Ve, ceux de la synthèse de De Gaulle, il rejette par avance le choix que le peuple n’a même pas fait de lui, pour un curieux retour en arrière.
 
L’Histoire de France n’est pas un caprice, ni même une idée inspirée, c’est une synthèse. Du « Paris vaut bien une messe » faisant du chef du parti protestant l’Henri IV du royaume catholique, à un général d’Action Française séditieux amené à refonder la République contre les Pétainistes.
 
Un parlementariste jacobin peut bien accepter aussi le destin paradoxal et ambivalent de notre histoire; sauf à en devenir une sorte de Comte de Chambord, qui refusa à l’Assemblée Nationale le trône de France… parce qu’il ne voulait pas du drapeau tricolore républicain et se drapant dans l’oriflamme blanc d’Henri IV en refusa paradoxalement l’héritage politique, montrant surtout qu’il ne l’avait pas compris.
 
On laisse aux psy cet étrange refus d’incarner le père, tout en se bornant à constater que cela l’oblige à une inflation incompréhensible pour le commun des mortels comme moi : Vendre aux Français-es non pas sa candidature pour agir, mais un projet d’usine à gaz : se faire élire président pour annoncer qu’il démissionnera dans un pataquès incompréhensible qui à la fois le condamne à l’impuissance, jette le doute sur son sérieux à s’attaquer aux chantiers pourtant titanesques qu’il annonce et sur lesquels sa crédibilité repose, tout en le faisant se constituer lui-même comme un super De Gaule (sans la guerre et la victoire) refaisant dans sa cuisine le contrat social et la Constitution. Bref, un marécage d’illusions personnelles qui lui a déjà coûté 2017 et dont il ferait bien de s’extraire s’il entend jouer un rôle dans l’histoire, pas celle des idées. La vraie, car il a tant de qualités pour cela !
 
Langlois-Mallet

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