1975 : Le vieux Paris qui disparaît | Archive INA

Ne vous arrêtez pas au titre un peu bateau, c’est sans doute le sujet le plus profond auquel nous soyons confrontés. Les mots sont toujours maladroits quand on cherche à dire ce que l’on perd, on évoque la nostalgie, même jeune on parait vieilli. Personne ne sait comment dire cette déshumanisation, cette perte d’âme, cet appauvrissement du bonheur, que produit la rationalisation de la ville. Aucune poésie, aucun instant d’humanité n’arrête la rage des gens de mairie et des promoteurs.
Si vous dites que Paris n’est plus Paris comme ce documentaire, vous avez l’air d’un aigri. Disons que tout ce qui était fait de main humaine, à taille humaine est replacé par des plans conçus ailleurs par ceux qui n’y vivront pas.
Robert Doisneau, dans ce document cerne quelques vérités importantes : la perte du mélange de la rue, la rationalisation et la déshumanisation de l’espace, la journaliste est prisonnière de ce qu’elle ne peut dire et otage des mots de la nostalgie dans lesquels les agences de com’ ont enfermé l’âme pour que son grelot désespéré fasse sourire. Il y a pourtant beaucoup de tendresse qui monte des paroles de ces gens quand ils parlent de leur ville, de leur quartier.
Si vous n’avez pas à l’esprit le lieu anonyme et froid qu’est devenu l’atelier d’artiste où est tourné le reportage (parmi mille autres rasés à Montparnasse, selon un projet pétainiste accompli par le RPR bétonneur), jetez un oeil aux photos de la rue Vercingétorix sur un moteur de recherche. On se croirait à Belleville dernièrement où la mairie (écolo bien sûr) continue de faire arracher tel cerisier dans sa petite courette, d’effacer ici un pavillon, là des maisons faubouriennes, derrière sa rationalisation de l’habitat, hier par grands ensemble, aujourd’hui par petits blockhaus.
A cet instant, par la fenêtre de ma cuisine, je vois une de ces petites courettes, une enclave, une survivante, quelques pavés sous les tonnelles et la vigne vierge et une grille de jardin de campagne, un peu décalée. Tout autour, des maison d’un étage qui ont poussé au gré des besoins dans la variété et le déséquilibre.
Un mur les sépare d’une résidence bien proprette avec tous ces angles droits sortis de l’ordinateur d’un architecte content de soi, pour des élus contents d’eux-mêmes, qui fabriquent tous de la vie en boîte mais ne savent même pas qu’il sont impuissants à seulement imiter la vie. En témoignent les petits jardinets individuels prévus par le projet. Que des rares bénéficiaires – un jardin à Paris !- l’une le laisse en jachère, l’autre en entrepôt, le troisième décharge, n’est même pas la question : ce ne sont plus des espaces commun.
Là où courette fait société, micro-village. Le jardin individuel entre quatre murs ne dit rien à la ville. A côté la mairie a transformé un passage en espace commun, à choisi d’en figer le jardin. Ce n’est plus une voie, ce n’est pas une cour, ce n’est qu’un lieu vide où les gens s’évitent. Le Paris mort, où il ne peut rien se passer, celui qu’aiment les élus, avance toujours hier à coup de gros projets où aujourd’hui à petite touchettes, mais inexorablement.
Ce qui respire l’âme et la main humaine devient l’exception.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s