Hulot. Les gentils, vertu privée vice public

On a repris une bonne dose de prêche écolo ce matin ! Le moine Hulot est remonté en chaire. Son message passe désormais par la contrition : « Pardon de vous le dire et de m’excuser auprès de ceux qui se sentiraient froissés », mais demain, nous serons tous frères pour sauver notre sainte-mère l’Eglise (oups, pardon, notre mère Gaïa). Amen ?

Ecartons le malentendu (pour ne pas nous retrouver en gênante compagnie). Hulot, a le mérite sur beaucoup de regarder en face l’aveuglante lumière du drame environnemental qui arrive à grands pas. Mais est-ce pour cette raison qu’il voit flou quand son regard revient sur la réalité actuelle du monde ?

YAKAFOKON s’y mette tous…

Dans le monde de Monsieur Hulot, tout le monde est gentil. Il n’y a pas d’intérêts divergents, pas de drames, d’appétits violents et aveugles dans le monde, juste une petite… incompréhension qui va s’aplanir « si on s’y met tous » : la mère au foyer de + de 35 ans qui va trier ses poubelles, le chef de guerre, le général Tapioca, le cadre en trottinette et le consortium pétrolier autour d’une orangeade bio ?

Comme un enfant de 5 ans devant un divorce, Hulot refuse la réalité de tous les drames du monde devant l’anéantissement qu’on lui annonce : « on pourrait pas tous s’aimer ? » Certes. Si ce bon sens enfantin pouvait s’appliquer sans déchirements à la réalité des adultes…!

Dans la famille Hulot, si Mon Oncle n’en avait pas, on l’appellerait ma tante

Il y a bien sur quelques méchants souverainistes et donc il lui, si gentil, il lui faut bien remettre une pièce dans le juke-box global. « Mais si l’Europe le voulait…» « Mais si l’Europe au lieu de signer des traités de libre échange avec le Mexique et le Vietnam » La réalité ne peut alors plus lui effleurer l’esprit… L’Europe ne veut pas mon chéri. Elle est partie prenante du grand jeu d’intérêts destructeurs que tu dénonces, comme Macron auquel tu as cotisé parce qu’il ne fallait pas voir en face qu’il était le candidat des lobbys de la destruction (ce qu’il ne faut toujours pas dénoncer, car tout le monde est gentil au fond).

Pardon pour les Roudoudous et les Carambar et les Mistral gagnants, mais non, les pollueurs demain ne vont pas demander à être les payeurs. Non les milliardaires ne vont pas se mettre au co-voiturage et les terroristes au co-dodo. Non, les politiciens ne vont pas dire une vérité qui nuise à leur carrière. Non, les voitures ne vont pas rouler à l’eau et les consommateurs ne vont pas arrêter de retourner sur Amazon. Oui, toute cette artificialisation détruit le monde vivant irrémédiablement, pour nos petits-enfants, pour nos enfants et peut-être pour nous-mêmes. Oui, c’est cela le drame.

Hulot, comme la majorité des écolos, Verts, Hamonistes et autres Bonsentimonistes, adresse sa foi angoissée à l’hyper-classe, pour éviter de l’affronter. Mais aussi pour l’intégrer, la réalité la plus tangible de l’écologie politique restant d’ailleurs de fournir pléthore de cadres et de ministres au système qu’elle dénonce. Promus, qui se diront bien sûr par la suite « déçus », crachant dans l’ascenseur de la promotion sociale (mais une fois parvenu dans les étages). Pour Hulot encore plus que les autres, la survie de l’humanité ne dépend pas d’un rapport de force à créer d’urgence, elle dépend juste du fait que les décideurs décident de changer, prennent conscience… Et que le peuple prie pour cela en triant les gels douches en plastique ?

Parce que les écolos ont eux pris conscience les premiers que le problème était global, ils ont oublié que les solutions étaient locales et que local ne voulait pas dire limité aux écogestes individuels et à la fermette bio du village. Local, cela veut aussi dire qu’elles s’inscrivent comme l’histoire humaine non dans une trame abstraite, mais dans les liens affectifs des cultures singulières, dans l’histoire particulière des peuples et des nations. Que le souverainisme n’était pas nécessairement son détournement dans l’appétit nationaliste de dominer, mais la capacité politique des peuples à peser sur leur propre démocratie, au lieu de subir la tyrannie en attendant que les tyrans se mettent au yoga et à la prise de conscience désinteréssée.

Que penser d’une philosophie de l’action politique qui se résume à un : « Si tous les méchants deviennent gentils alors il n’y aurait plus de méchants. » Qu’elle est une religion ou un mouvement culturel, mais jamais une force politique. Successivement ami de Chirac, ami de Sarkozy, ami de Hollande, ami de Macron, sans avoir changé qui que ce soit mais surtout quoi que ce soit, Hulot, je me pose la question. A vouloir être l’ami de tout le monde quand la maison brûle, n’est-on pas surtout le complice des incendiaires ?

Et si les gentils de la vie étaient finalement nuisibles en politique ?

Langlois-Mallet

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