Violences du 8 mars. La Nuit des femmes

Nos repères sur l’intime et le public ont craqué sous la charge des gendarmes mobiles contre des femmes à République. J’ai cru être témoin de la naissance de quelque chose venu du fond de l’histoire.

Je n’en suis pas revenu, ces images vues dans la nuit de samedi m’ont atteint. Des femmes désarmées chargées par une meute de robots de plastiques dans lesquels on sentait une rage masculine. Des femmes trainées par les cheveux dans les escaliers du métro, une explosion d’énergie haineuse contre vous qui, malgré tout ce qu’on subit et subissent de semblable ou de pire les gilets-jaunes, tapait dans les tripes, blessait au cœur, froissait l’esprit comme jamais.

C’est qu’il n’y avait que des femmes sur les images…

Nous ne restons pas si semblables et interchangeables que vous le dites, neutres, sans genre, ni identité sexuelle. Voir frapper une femme n’a pas la même portée que voir frapper un homme. On ne réagit pas devant des chocs d’hommes, intrinsèques et propre à leur culture, comme devant cette attaque inouïe d’un groupe de femmes.

Des choses, jusque-là séparées se sont choquées cette nuit là

C’était à la fois la violence de groupes d’hommes, contre des femmes qui elles n’étaient pas là pour le combat ; mais c’était « en même temps » des scènes qui appartiennent à l’imaginaire (ou à la mémoire) de la violence domestique. On était dans ce quotidien des manifs auquel on ne devrait pas s’habituer, l’Etat chargeant le peuple ; mais aussi sur un terrain de rugby pour un choc qui n’a jamais existé, opposant des équipes divisées par sexes ; et de l’autre dans une cuisine de la famille Toulemonde où un mari violent trainait sa femme par les cheveux… Le tout place de la République.

Vous n’aviez pas les poings, mais vous aviez les mots

M’étant levé vers 3h, au départ pour un biberon, j’étais, la gorge sèche et les yeux humides devant des vidéos que je ne comprenais pas. Et puis j’ai mis le son, doucement, dans ma cuisine. Et j’ai été encore transporté ailleurs, très loin dans le temps cette fois. A la différence de groupes de manifestants, vous faisiez bloc et criez à l’unissons comme des sœurs, contre des frères dans un appartements. Le contraste entre les voix aigües de femmes et la puissance des équipements, me renvoyait des impressions archaïques de villes livrées au pillage guerriers, aux choeurs des Troyennes « en cette nuit fatale… des Grecs flétrissons la victoire »

Une irruption de femmes dans la conflictualité de l’histoire

Par elle, je me retrouvais petit garçon au pied du lit de ma mère d’où elle nous racontait les luttes éternelles des Gauloises, narguant les romains poitrines nues du haut des remparts ; Geneviève de Nanterre, organisant la résistance des Parisiens défaillants de peur face à Attila. Je voyais les images de Jeanne Hachette découpant les Anglais du haut des remparts de Beauvais, la furie de Jeanne d’Arc emportant les armées, ou son humour insolent de gamine à son procès.

Tant d’images de femmes fortes de l’histoire de France en compagnie de qui j’ai grandi et qui me sont aussi naturelles que la force de Notre-Dame, protectrice des orages dans nos maisons alentour, Aliénor traversant les Pyrénées à 80 ans pour aller chercher sa petite-fille Blanche de Castille, ou celle-ci suivie du peuple de Paris sortant hors les murs, les outils à la main pour barrer la route aux barons séditieux.

Des images qui deviennent plus littéraires quand, à partir de la Renaissance, les femmes ont été domestiquées, matées et parfois brulées. Puis leur retour à la faveur des révoltes et des révolutions. La Grande Mademoiselle, faisant tirer le canon de la Bastille sous la Fronde. Les lingères du Châtelet ramenant la capitale à Paris en allant chercher,,à pied, le roi à Versailles, Madame Rolland, Olympe de Gouge, Charlotte Corday assumant leurs combats crânement, dans l’histoire, devant les tribunaux d’exception et jusque sur l’échafaud, Louise Michel inspiratrice échevelée de la glorieuse Commune libre de Paris ; Marie Marving s’imposant dans les combats aériens ; et toutes les héroïnes silencieuses des armées de l’ombre de la Résistance au nazisme.

Beaucoup de souvenirs, beaucoup de combats, beaucoup de courage dont les pierres gardent mémoire et vous non, parce qu’ils sont ceux d’ici, que ce sont ceux de vos grands-mères, et qu’ils n’ont pas grand chose à voir avec le féminisme braché post-domination étatsunienne, (dégenré, intersectionnel, queer, lesbien ou que sais-je) dont vous vous réclamez en général (et qui ne nous rapproche pas vous l’aurez compris). Mais qu’importe, cette nuit, j’ai admiré votre courage, la naissance de votre force collective et, face à la violence de la police macronnienne qui donnait corps et réalité à cette violence masculine que vous dénoncez (un peu n’importe comment à mon avis), cette émergence absolument neuve que j’admire par contre, d’une collectivité de femmes écrivant leur histoire.

Dans cette nuit, voulue pour être infâme, d’une France patrie des Droits et de la Liberté, devenue sous le Macron le minable, le pays qui montre au monde comment l’on traine les femmes courageuses par les cheveux dans les escaliers « en-meme temps » que l’on fait la morale féministe à la télé, l’affirmation de votre volonté d’être ensemble a écrit quelque chose qui vient de loin et peut aller plus loin encore.

On s’y croisera, ou pas, mais merci !

Langlois-Mallet

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