Retraites. Le premier jour du reste de la lutte

Aussi étrange que cela paraisse, nous nous réveillons ce matin au début d’une ère nouvelle.

En détournant l’usage de l’outil de contrainte absolu du sommet du pouvoir, le 49.3, héritier du pouvoir d’arbitrage royal, en arme de destruction du poumon de démocratie sociale heureuse, géré à la satisfaction générale par les partenaires sociaux patronat et syndicats; le pouvoir macronniste qui ne tient déjà que par le détournement de la force des gardiens de la paix, transformé en violence policière incontrôlée, détruit à la fois, la seule perspective paisible qu’il reste dans les esprits, celle d’une fin de vie décente et tout intermédiaire entre sa volonté de contrainte et le voeux de la société française.

Malheur à la cité dont le prince est un enfant

Pour que le viol soit total – dans notre société qui se la joue Meetoo aux César, mais peine à ouvrir les yeux dès qu’il s’agit de son sort réel – l’expression impérieuse du choix d’un homme seul, son pouvoir de contrainte des autres, s’exprime à mesure de la détestation dont il est l’objet, en passant outre tous les freins démocratiques et avis intermédiaires ou prudentiels… même des siens. Qu’il s’agisse du Conseil d’Etat, des partenaires sociaux, des experts de l’études d’impact, des économistes ou des parlementaires. Fait inouï, cet article constitutionnel destiné à tordre le bras à sa propre majorité quand elle se trouve incertaine, est utilisée cette fois contre le pouvoir parlementaire dans son ensemble, non seulement sa propre majorité pourtant déjà absolue, mais encore pour faire taire les oppositions. Comme s’il s’agissait pour lui plus encore que d’obtenir satisfaction, de tuer toute autre volonté pour exister seul.

La manière annonce tous les périls sur nos libertés politiques et sociales. Comme au moment de l’incendie de Notre-Dame, annulant à la dernière minute la réponse télévisée que le chef de l’Etat ne voulait pas donner à des mois de colère en Gilets-Jaunes; c’est au prétexte d’un conseil de défense exceptionnel, consacré officiellement à l’épidémie de Coronavirus COVID-19, donc d’un moment de consensus de la nation, que la vraie offensive éclair contre elle a été secrètement décidée. Le mélange des genres entre état d’urgence nationale devant l’invasion épidémique et élimination d’un espace de démocratie social et captation de ses richesses est là aussi inouï.

Globalisation libérale ou démocratie, il faut choisir

Ce coup de force contre la démocratie sociale est en même temps le prolongement logique du coup de force contre la souveraineté politique des Français, actée par le pouvoir Sarkozyste lorsqu’il a fait voter par sa majorité, le contraire de ce que les Français avaient décidé en votant NON au référendum de 2005. Le pouvoir démocratique de décision, de la France avait alors été transféré à celui, au contours tout aussi flous démocratiquement et incertains que le projet de financement de la « réforme » des retraites à l’Union Européenne. Le pouvoir complaisant avec cette réforme aux « recommandations » de Bruxelles, voilà du côté des pouvoirs la boucle bouclée.

C’est donc toute la société française, ses aspirations démocratiques à la liberté et son idéal de justice sociale, qui se réveille ce matin au pied d’un mur, séparant le 1% du reste de la société. La part de la société qui pourra payer ses vieux jours en puisant dans son propre capital et celle qui mendiera au RSA fin de vie qu’ils imposent. Séparant le 1%, mais aussi, comme l’a justement découvert Emmanuel Todd, ceux qui par « fausse conscience » aiment se représenter à leurs propres yeux comme des privilégiés (et cherchent dans la solidarité a priori de toutes les injustices, un signe de leur inclusion symbolique « en-haut », comme le carré Hermès ou la Mercedes classe A) alors que leurs propres enfants sont en voie d’appauvrissement comme les copains et tout aussi nus devant l’effondrement environnemental, même au sortir des écoles privées…

Un mur bien gardé, au pied duquel, plutôt que dans les urnes toujours muettes de propositions, d’issues ou d’alternative dépassant les clivages, ce pouvoir à l’air de désirer l’explication. La militarisation des forces de l’ordre, les commandes de LBD, de gaz de plus en plus toxiques (n’est-ce pas les Toulousains ?), d’autres parlent même d’interdiction des manifs pour cause d’épidémie, la reconnaissance faciale, c’est à dire la mise en surveillance de tous les citoyens dans l’espace public avancent à grand pas.

Plus vite que le réveil des citoyens français ?

Langlois-Mallet

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