Mais que branlent les critiques de l’art contemporain ?

Du bidet de Duchamp à la couille de Griveaux, ou de l’air de la calomnie à Piotr Pavlenski… ?

Un passionnant débat* (lien ci-dessous), car l’interviewé est intelligent, sur ce qu’est (supposé être) l’art et ses (encore plus supposées) limites, par un spécialiste, Paul Ardenne, qui se trouve avoir défendu l’artiviste russe en d’autres occasions… mais s’en démarque sur la pointe des pieds dans un contexte brulant.

Vous pouvez suivre l’idée de l’émission, que notre société ayant domestiqué l’Etat (vraiment, à l’heure des éborgnages et de la reconnaissance faciale ?), s’en prendre à un individu (tiens, l’homme de pouvoir devient une personne comme une autre, grâce à qui ?) est réactionnaire (et que donc il n’est d’art que « de gauche » ou progressiste puisque nous sommes, comme chacun sait, en démocratie).

Ou, au contraire, y voir le fait que l’artiviste russe a mis à nu les limites propres de notre société occidentale (tant qu’il s’agit de dénoncer Poutine, c’est tout bon, mais il n’est pas possible que le pouvoir français soit du mauvais côté du tuyau d’arrosage) et donc du refus de voir que l’artiste, – que l’on peut supposer plus sensible que nous au totalitarisme – le détecte mieux dans le macronnisme que les journalistes installés…

Ce qui serait la preuve éclatante de l’acte de Pavleski, moins pour la chute d’un homme politique (qui tombe d’ailleurs tout seul car il n’a pas le cran d’assumer) que pour l’hypocrisie de tout le système social se rendant visible par le jeu de domino des solidarités et du conformisme entre pairs.

On peut aussi si demander si l’artivisme n’est légitime pour la critique que si son acte dénonce à son détriment (comme représentation du peuple voué à subir, donc à rester à sa place); Pavleski fait de l’art s’il se cloue les couilles sur une planche pour dénoncer les prisons russes, puisqu’il souffre, donc c’est bien, mais pas s’il montre celle d’un puissant qui jouit (et qui doit rester un objet de pouvoir magique, investi du mana, donc cachée) sans quoi la pyramide sociale est menacé…

Bref, se demander si le monde de la critique de l’art contemporain, qui se croit sans limite quand il s’agit de traverser la planète pour aller s’extasier sur une banane scotchée au mur, n’est pas nu lui même, incapable de supporter que le système sur lequel son salaire repose… branle.

Langlois-Mallet

France culture, L’Artivisme un art sans limites (La Grande table des idées, Olivia Gesber 26 février 2020).

https://www.franceculture.fr/emissions/la-grande-table-idees/lartivisme-un-art-sans-limite

PS : « A noter (nous dit le site de France Culture) que Paul Ardenne est actuellement commissaire de « Courants verts, Créer pour l’environnement », présentée du 17 mars au 19 juillet 2020 par la Fondation groupe EDF. » En clair, on ne va tout de même pas interroger les liens entre marché de l’art verdissement par la communication… surtout si EDF la finance, et France Culture ira même de sa petite pub.

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