France. Optimisme !

Depuis le début, vous avez eu pas mal d’occasions de goûter à mon scepticisme, mais là… Je commence à bien le sentir !

Le début de quoi d’ailleurs ? Celui des mobilisations contre la fausse-retraite ? Celui des Gilets-Jaunes ? Celui des premières grèves contre le pouvoir-fou ? Voir même celui de la campagne présidentielle où je ne me console pas que vous n’ayez pas voulu entendre que Macron était le plus dangereux des candidats (mais quand vous renseignerez-vous avant de voter comme vous le disent les médias du CAC40, les Castors ?)

Mais là, quelque chose bouge vraiment dans notre France. Pour la première fois quelque chose de vraiment signifiant dit que nous sommes en train de nous y mettre toutes et tous. Que cela dépasse les clivages, les milieux militants, les syndiqués, les grèves par procuration et même les Gilets-Jaunes.

Une longue série de tentatives

Souvenez-vous. Il y a eu d’abord des grèves en 2018 à la SNCF, dans le secteur public, ça venait un peu là où le pouvoir les voulait pour s’offrir une victoire facile. Puis les manifs un peu avortées des Insoumis qui, plein de bonnes intentions, n’arrivaient pas à être un parti et se voulaient la rue. Ca tombait un peu à plat. Un peu téléphoné.

Les Gilets-Jaunes, c’était déjà le grand bol d’air ! La spontanéité, le contre-pied inattendu, les manières qui débordent tout, qui font péter le cadre plan-plan de la manif, le pouvoir en panique. Dans une panique dont il ne s’est jamais remis en fait. La vraie révolte. Tout cela était bel et bon, mais il manquait le nombre. Violence ou pas violence, c’est un débat sans intérêt. La seule légitimité, c’est le nombre. Au final, s’il s’agissait de rassembler les convaincus, cela revenait au même point que les syndicats, insuffisant.

Au mois de décembre, malgré la plus courageuse grève depuis cent ans, de la RATP, de la SNCF, de Radio-France, de l’Opéra, de l’Hôpital… je ronchonnais mon frein un peu (si vous me passez le mélange des formules). Je n’ai jamais vraiment mordu… Parce qu’un pouvoir qui veut d’abord la mort du Service Public, ne peut pas être atteint par les privations que s’inflige ce Service Public.

Surtout, la folle destruction-braderie de la France par les énarques-Louis-quatorziens* n’est pas qu’une affaire de Service Public ! Non, je ne crois pas à la lutte par procuration, nous sommes tous impliqués par ce qui se passe. C’est un ultimatum de vie et de mort à tout le corps social qui est posé ! Pour prendre une image, il faudrait que Radio France offre des programmes en ébullition pour qu’il se passe quelque chose, pas qu’ils renoncent à émettre ou diffusent de la musique douce !

Il n’est de victoire que si l’on déborde du cadre

Si l’on regarde la surface, l’affaire est entendue. Même la mort dans l’âme, cheminotes et cheminots font rouler trains et métros… Ce que l’on appelle « La Grève » se termine. Le gouvernement parade avec sa loi honteuse, dénoncée même par le Conseil d’Etat, épinglée même par son audit.

Je ne peux pas vous dire s’ils la mèneront au bout. En un sens, c’est même possible car ce qui caractérise l’époque, c’est la déconnection. C’est à dire un monde où, à force d’écrans, de caméras et de codes barre, on n’a plus de lien avec les autres. Comme l’autonomie est totale de ces énarques du CAC40 en roue libre par rapport à la société, qui ne se sentent pas tenu de servir l’Etat, puisqu’ils gagnent plus quand ils sont dans le privé. Leur objet n’est plus l’action de l’Etat sur la société, mais de l’en débarrasser. De couper tous les liens qui relient une business classe en plein délire, aux manettes de tous les pouvoirs, et un peuple français qu’elle déteste et qu’elle prive de ses droits par dégoût d’y être relié ; ce que l’on voit, c’est qu’elle se déleste de son devoir de service public envers 65 millions de personnes, comme on clique sur « supprimer de la liste » une personne pénible sur un réseau virtuel

Naissance d’un vrai combat politique

Je ne sais rien de plus de l’avenir de cette loi, mais ce que je vois c’est qu’une part grandissante de la société s’autonomise à son tour du fait de l’adversité et du mur qui lui est opposé par ceux en qui elle croyait. Que pour la première fois il y a une communion du nombre dans la qualité de sa diversité lui permet de refaire société. Qu’il y a des avocats avec des ouvriers, des infirmières avec des indépendants, des gueux avec des favorisés, des intello-précaires avec des salariés du public etc. Que si les syndicats ont refusé d’organiser bien les choses, avec une vraie grève générale et de vraies manifs monstres, ce n’en est que mieux, car le mouvement se balkanyse et se disperse tout azimut. Tout ce qui était un échec dans les précédentes mobilisations, opère comme un sédimentation. La somme n’est plus celle des mobilisations, mais celle des échecs qui va former une conscience collective nouvelle.

Ce qui est en train de se passer, c’est un phénomène de conscience-action politique de masse. Le mouvement type 95 a échoué ? Une part importante de la société française bascule de fait dans une sorte de 68. Pour survivre, elle va être obligée de sortir du cadre, de dépasser même la question de la mobilisation contre la fausse retraite qu’ils lui promettent, pour affronter une prise de conscience brutale de la situation précaire et dangereuse où elle se trouve mais en même temps où elle se trouve majoritaire. Un effet Gilets-Jaunes en quelque sorte… ?

C’est parce que nous sommes dos au mur comme Bonaparte (à Rivoli je crois), alité, fiévreux et cerné de toutes part dans une cuvette, que nous avons raison de comprendre et pouvons nous écrier : « la victoire est à nous!»


Langlois-Mallet

PS : Ne passez pas à côté des nombreuses interventions publiques d’Emmanuel Todd (en particulier France Culture, Marianne…) pour son dernier livre sur ce sujet des luttes sociales en France, mais aussi sur sa description d’une énarchie fascinée par l’argent tout en ayant une conception dirigiste et absolument pas étatiste. C’est un carburant d’idée remarquable !

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