Europe : L’Afrique et le Frexit crèvent l’écran

Si vous voulez mon impression sur les interventions d’hier sur l’Europe, c’est un peu dérangeant, mais je trouve qu’Asselineau a dit le seul truc qui a fait mouche pour moi.

Je retrouverai peut-être la vidéo, mais en gros j’en ai compris ceci : « les politiques de tout bord peuvent vous faire, pour être élus, tout le blabla qu’ils vous font à chaque élection sur l’Europe qu’ils veulent ou rêvent comme ci ou comme ça, cela n’a aucune importance, car ils ne changeront rien, comme ils n’ont rien changé depuis 40 ans. Notre vrai espace, c’est l’Afrique, c’est la francophonie, pas l’Europe. On perd notre temps à savoir s’il faut « protéger l’Europe » ériger des murs (qui ne serviront à rien) devant un continent qui explose démographiquement dans un contexte de réchauffement climatique qui obligera les migrations. C’est cette relation qui est importante et c’est celle là qu’il faut prendre à coeur. »

Après le débat du Frexit, savoir s’il faut sortir de l’Europe comme il le préconise n’est pas tranché pour moi, car l’Europe est aussi notre espace, nous en sommes le carrefour et nous retirer signifie laisser l’Allemagne en tête à tête avec son destin à l’Est. Je pense que la France a assez de poids pour affirmer sa souveraineté et gérer les conséquences ensuite.

C’est un peu comme ces couples dans lesquels on étouffe dans un impossible rester ou se séparer. Il faut parfois avoir juste le courage de faire ce que l’on a envie de faire (et que l’on s’interdit au prétexte de l’autre) et voir comment l’autre, ici les autres, européens se redéfinissent aussi. Mais ce cadre étouffe toute politique, toute liberté, il donne plein pouvoir à ce qui nous détruit et ne nous protège en rien.

J’aime profondément l’Europe de l’amitié entre les peuples; avec les Allemands au premier rang parce que nous avons tant souffert ensemble, mais la politique du Mark fort appliquée à la France qui est un pays qui doit être libre de pratiquer la dévaluation, amène à la destruction économique que nous connaissons.

Notre fraternité est évidente avec les pays latins et méditerranéens, mais nous ne sommes plus au XVIe siècle où nous nous suffisions pour faire le monde. Pour refaire sens pour les autres, nous avons un rapport culturel au monde à faire vivre ensemble, dans une relation quasi exclusive, très intégrée, singulière mais qui n’est que secondairement économique ou politique et n’intéresse en rien l’Europe du Nord ou de l’Est pour lesquels nos valeurs moteur restent un loisir d’été.

J’ai beaucoup d’affectif dans des pays plus éloigné de nous comme la Hongrie, la Tchéquie ou la Pologne. Mais c’est juste être lucide de voir que ce n’est pas une politique commune, encore moins dans une cacophonie technocratique à 27. Les pré-requis ne sont pas les mêmes, que l’on songe par exemple à la place du catholicisme en Pologne, au fait que tous ces pays n’ont pas eu d’histoire coloniale (et donc pas notre rapport à l’immigration), ou tout simplement qu’ils n’ont pas vécu avec nous l’expérience fondatrice de notre modernité, la Renaissance. Nos liens historiques sont plus forts avec la Turquie qu’avec la Suède par exemple, quand bien même une famille française occupe le trône, beaucoup plus chauds et étroitement affectifs avec le lointain Liban qu’avec la Hollande voisine etc. Comment et surtout pourquoi se mettre d’accord avec Orban ? Il n’y a que Le Pen et Macron pour le croire.

Notre histoire obligatoire passe par le Maghreb. Notre famille de sang, dans tous les sens du mot, c’est l’Algérie, le Maroc, la Tunisie; c’est aussi le Mali, le Sénégal, la Côte d’Ivoire, le Tchad, le Burkina… Que les Algériens nous détestent ou que nous les détestions peu importe, on ne choisi pas sa famille. L’Algérie bouge, que la révolution échoue ou réussisse, la France frémit sur ses bases.

Que le Front National projette sur l’Europe son fantasme fondateur d’une Guerre d’Algérie à l’envers, ou que les Verts fassent des youyous, ne change rien à la réalité d’une pensée française que les uns n’extirperont pas d’eux-même (même s’ils la jugent haram); pas plus que les autres ne congédierons les nouvelles classes populaires, même s’ils les renient.

Asselineau a le mérite de dire que le réel est plus fort

Que Belamy ressorte ses La Pleïade pour une ultime conjuration culturelle est très touchant mais n’a pas plus d’impact sur la superstructure que Hamon continuant à soliloquer en public sa sorte de coma éthilo-politique. Que même, pour les séduisantes boucles méditerranéennes de la Mélenchoniste, on veuille rêver le temps d’une nuit électorale qu’une autre Europe – celle de la vertu publique et de la transition écologique – est possible ne changera rien aux faits : l’Union Européenne ne changera pas. Elle restera le reflet d’un continent de retraités du nord menés par des banquiers regardant avec effroi dans la jeunesse d’Afrique le signal de sa mort.

Sa mort vient bien sur, mais comme celle de sa mère la Grèce en son temps, elle vient d’abord de l’intérieur d’elle-même, de son incapacité à se réinventer, de son immobilisme et de sa peur à se terrer derrière ses faux-murs avec ses privilèges. L’Europe reste le rêve que l’Europe a inventé pour se reposer, jusqu’à cesser d’être.

Langlois-Mallet

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