2019, au risque de l’espoir

Vivre et mourir comme des frères (et soeurs) ou périr comme des idiots.

Où en est-on… ? J’ai envie de vous dire… « jusqu’au cou », en ces temps où la guillotine revient à la mode jusque sur la carte des restaurants*, et pourtant plein d’espoir car bien des choses ont changé, pour une fois en un an.

En 2018 Jupiter trônait en haut d’un Etat confondus avec une succursale de banque. La France était une entreprise, le patron allait nous dégraisser, nous faire traverser la rue à coup de pompes s’il le fallait mais il se payait le droit de se demander s’il ne devait pas en plus commémorer Mai 68. Tant les valeurs de libération des moeurs des années 70 sont devenues aujourd’hui les premières lanières du fouet, au son du tam-tam des médias, dans la galère libérale. Rame, consomme ou crève dans la rue, mais chante la chanson.

Chanson parfaitement interchangeable on le voit avec Bolsonaro au Brésil ou Trump aux Etats-Unis. Les pouvoirs de l’argent peuvent entonner les cantiques au Dieu patriarcat, ou les invocation à la Reine Mère féministe, peu importe au fond le design de la chaussure culturelle qu’ils enfilent, brodequin de marche ou talon aiguilles, l’important reste qu’ils soient sur ta gueule et que tu ne bouge pas. Je continue pour ma part à penser qu’il n’y a pas de différence de nature essentielle entre Le Pen et Macron, entre le FN et En Marche. Juste un emballage selon que vous réagissez instinctivement au treillis bien moulant sur les burnes ou la robe fuseau à paillette, le mâle dominant (même femelle) ou l’invertébré sexuel (même Jupitérisé) qui l’enfile ne joue qu’à la marge.

Dégagé la fumée de leur spectacle, la réalité reste inchangée. C’est à dire que notre chute s’accélère vertigineusement. Effondrement de la vie biologique (extinction de masse des mammifères et des insectes, expansion des zones mortes des océans, réchauffement et fonte des pôles, déforestation massive, course à la prédation des richesses enfouies, intoxication chimique du vivant, tic-tac des comptes à rebours nucléaires un peu partout…). La folie de transformer le monde vivant en papier monnaie s’emballe. « La création de richesses » est colossale. 80% est aspiré par le 1% au moyen de l’actionnariat et de la finance, du non contrôle de l’évasion fiscale, mais aussi de l’impôt, de la dette.

2018 a été pire que tout dans tous les périls, pourtant les consciences ont basculé. Nous nous fatiguions il y a vingt ans à demander des changements de consommation « pour nos petits enfants »; les gens ont intimement compris depuis cette année que leurs enfants essaieront de survivre. Les classes moyennes se tournent poussivement vers des actes de transition, sur le mode des bonnes oeuvres d’antan. Les milieux populaires sont déjà dans la survie. L’hyper-classe continue de flamber !

Une lueur jaune d’espoir

C’est d’un signal de détresse qu’est parti en 2018 un espoir soudain. Le gilet de la bande d’arrêt d’urgence, enfilé en même temps par des centaines de milliers de personnes, a permis sous couvert d’uniforme, à chacun de dire sa vérité. Pas d’unité, pas de porte-parole, pas de revendication unique, juste de l’imprévisible.

Au sommet de l’Etat, les cranes d’oeufs auraient besoin de cheveux pour se les s’arracher. Comme aux temps féodaux dans leur ordre mondial, il y avait déjà une politique unique et celle-ci était soutenu par une morale unique, répétée par les curés des médias, elle devait seulement être psalmodiée par la rue.

Le central explose sur l’irruption du local ou plutôt les multiples micro-locaux. Il n’y a pas de vérité particulière au mouvement des gilets-jaunes autre que la conscience de résister à ce qui les détruit. Chaque groupe, chaque personne peut le faire à son idée. L’expression du local est fonction du local.

Les peuples, plutôt que le peuple

Selon les territoires, qui sont autant de sensibilités, de valeurs, de liens culturels et de consciences politiques différents, cela peut donner une dénonciation de migrants dans un camion, ou un repas de solidarité avec des migrants. Si vous êtes une bande de copains fachos, enfilez votre gilet-jaune et allez dans un lieu visible faire une quenelle, si vous êtes une bande de gauchos semi-pro allez déclarer dans l’anonymat d’un squat la régularisation de tous les sans-papiers… Cela n’a pas plus de sens. La seule différence est que BFM jouera la caisse amplificatrice pour que toute la France le sache pour les uns et ignorera les autres.

Le fond se joue ailleurs. Sur tous les territoires, les gens se sont réveillés, se sont reconnus et ont fraternisé. Les différences d’opinions sont souvent extrêmes, mais elles sont reléguées au second plan. La question de conscience se pose d’abord autour de l’expérience de la survie. Se reconnaissent et fraternisent non pas des gens qui mettent en commun des idées (avec lesquelles jouer pour le pouvoir) comme dans un parti, mais des gens qui ont une expérience de la survie. Survie individuelle, survie des proches, ou survie collective d’un territoire. Ce besoin de ne pas mourir peut prendre des formes de consciences très différentes, il a un impératif commun : rapatrier la décision politiques dans le réel.

A l’opposé, il est très intéressant de voir sur quoi se crispe le pouvoir : « ne pas remettre en question les traités internationaux. » On revient au coeur de la pomme de discorde, le référendum volé par Sarkozy. « Vous ne toucherez pas à la mondialisation. Votez sur des broutilles, parlement sans pouvoir, président fantoche (Jupiter ou normal) sans monnaie si vous le voulez, mais le pouvoir reste hors de portée, hors de la nation, hors du local, hors des peuples, hors de contrôle et de visibilité même. »

Bien sur pour le vendre aux gogos de la classe moyenne qui n’ont qu’un besoin réel, c’est de se croire des bons sans avoir à lever le cul de leur fauteuil, le pouvoir insiste sur le respect des traités internationaux humanistes : la suppression de la peine de mort ou les réfugiés. Mais comme pour Vichy et les Juifs qui déporte et qui sauve au péril de sa vie les réprouvés ? Qui laisse se noyer les réfugiés dans une parfaite indifférence ? L’Etat. Qui s’organise sur les territoires, les bénévoles du peuple. Comme hier.

Pourtant l’arme de l’excommunication continue à être utilisée. Le pouvoir au peuple, son expression, le référendum ce serait le chaos raciste. A en croire l’élite au pouvoir, elle est garante des Droits de l’Homme que le peuple menace. Il ne faut surtout pas partager le pouvoir car eux savent et les autres sont ignorants et frustes. Les gens civilisés contre les instincts bestiaux etc.

Ils n’est pourtant pas très difficile de vérifier que ce qui est authentiquement inhumain en France advient légalement, l’esclavage, les grandes boucheries des guerres, la colonisation, le martyre économique actuel des paysans, des ouvriers etc. Et (puisque tout doit ramener à Vichy comme seule pierre angulaire de leurs arguments et de leur conscience), la déportation des Juifs fait d’une politique d’Etat, approuvée par l’Assemblée. Alors que dans le même temps on élude le fait incontestable que la France est le pays qui a compté le plus grand nombre de Justes, c’est à dire de gens du peuple ayant de leur initiative personnelle et à leurs risques propres sauvés des proscrits des nazis. Non pas parce qu’ils étaient Juifs d’ailleurs, à la différence de leurs persécuteurs, mais parce qu’ils étaient en danger vital simplement, comme le sont aujourd’hui les réfugiés.

Je suis très loin de partager cette mode de ramener la politique à son point Godwin. Mais cela pour dire que je ne crois pas une seconde au peuple barbare. Je crois au contraire à l’humanisme profond de la société française qui a toujours été en lutte contre une aristocratie (puis une bourgeoisie libérale qui a repris ses palais, ses domestiques et ses caves) pour qui l’humanisme ne vaut que s’il peut servir de fouet intellectuel pour conserver des privilèges.

L’autre clivage posé par les Gilets-Jaunes est anecdotique. Il s’est fait avec les écolos « à la vue un peu basse » comme dit Edgar Morin, pour les raisons qui viennent d’être dites, de recherche de notabilisation.

Pour ces derniers, l’écologie est le message des gentils (et ils le détiennent). Et donc plus on leur donne de pouvoir, plus ils convertissent les méchants à de gentilles politiques vertueuses de taxes. « Grâce à nous, Macron deviendra gentil en nous donnant plein de postes et on taxera les méchants qui mangent avec du gluten et fument du diésel et le monde sera sauvé. » Alleluia.

Le peuple leur donne un cinglant démenti. Non la colibrisation individuelle et son petit confort moral n’est pas la question. On se sauvera ensemble ou l’on périra ensemble. La condition première de toute écologie est le collectif retrouvé. Même sur des bases fragiles, il est préférable aux élucubrations techno, même bien rémunérées.

Si on a un seul espoir de s’en sortir, c’est en étant soudés. Car l’inéluctable de la machine de mort que l’argent fou de la mondialisation a mis en place, c’est la mort de tous. Aucune mesure techno ne nous sauvera, aucun petit geste d’oiseau individuel, sans une extraordinaire et improbable force collective. Un désir fou que la vie se poursuive malgré toute logique. Je crois que ce désir est beaucoup plus présent sur les ronds-points sans que le mot écologie soit prononcé, qu’auprès ces élus Verts qui viennent sur ma page se masturber l’esprit pour se faire croire que la vertu politique consiste à dénoncer le sexisme d’une pub pour une culotte. Devant ce naufrage moral des classes moyennes d’un côté et l’espoir de la résistance populaire le choix est tout fait pour les honnêtes-gens.

Reste le durcissement du troisième bloc, le 1% et ses représentants macronistes

J’ai déjà écrit que ce type (voir ce qu’en dit Todd) avait éprouvé de la peur pour la première fois en Auvergne (le premier « non » de sa vie ?) et de la jouissance dans la répression, il semble que des raisons psychologiques expliquent pourquoi ce jeune-homme s’emmure dans la spirale de la radicalisation, avec les inquiétants moyens que la constitution Gaullienne lui donne.

Sa répression est, et sera, donc féroce et nous serons tous touchés à des degrés divers, parce que l’enjeu pour ceux qui l’ont mis là est autant la captation des richesses (nécessaires à la survie collective, à l’hôpital public ou au CICE des actionnaires les 45 milliards ?) que la mise de la souveraineté sur l’étagère du haut (qui décide et où ?) et que ce sont ces deux points que les Gilets-Jaunes, contestent. A dire le juste, entre les peuples et Macron, c’est une lutte à mort qui est engagé au grand dam de tous les modérés, même de son entourage.

C’est donc avec espoir et appréhension que je vous transmets mes voeux très chaleureux de courage, de bonheur et de résistance. Pénétré de l’idée que les Gilets-Jaunes sont parmi nous celles et ceux qui renouvellent le slogan écolo : « Vivre comme des frères ou périr comme des idiots » au vieux cri Français des soldats de la grande Révolution : « la Liberté ou la mort »…

2019. Vivre et mourir comme des frères et soeurs ou périr comme des esclaves… Bonne année !

Langlois-Mallet

* Pas de quoi me mettre en prison pour cette phrase (leurs lawyers en trouveront de meilleures), je parle de la petite Vodka française de ce nom (délicieuse d’ailleurs)

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s