Gilets-Jaunes. Le feu ça brûle

Quand les médias épuisent toutes leurs ficelles

Écouter la parole dominante d’une radio comme France Inter (même France Culture ces jours-ci est limite) reste édifiant. Comme sur BFM TV la part consacrée « aux violences » enterre les questions de l’urgence sociale qui met le pays en mouvement et masque la forêt de l’engagement pacifique.

Suit tout le florilège (l’interview de celui qui a retiré son gilet-jaune, alias le bon élève de la matinale) et sûrement pas de tous les motivés (ambulanciers, pompiers, avocats, lycéens…) entrés dans le mouvement. La mise en épingle du barrage où cela a dérapé, plutôt que les milliers de ronds-points bon enfant.

Pas un mot de l’énorme et passionnant défi que constitue l’organisation d’une force politique entre inconnus non expérimentés. Mais des déplorations en veux-tu en voilà sur « l’immaturité », l’absence de « représentants » (achetables ?) pour « négocier » le retour sage à la maison comme le font si bien les syndicats.

Rien sur le blocage du pays, mais des remarques sur « la faible mobilisation », « la participation en baisse » en veux-tu en voilà… Difficiles alors de raccrocher à la réalité les jérémiades sur « les milliards perdus » (pour qui ? Argent resté dans la poche de qui ?) « l’économie bloquée », « les pénuries »… à cause de 60 000 personnes ? Pardon, 61 243 selon les nouvelles méthodes de comptage.

Anne Hidalgo pleure en croco son mobilier urbain Decaux et s’agite sur sa calculette, Macron se rend au chevet de la Porsche Cayenne brûlée, à défaut d’avoir été vu devant les immeubles effondrés et meurtriers de Marseille.

On cache toutes les scènes de fraternisation entre policiers et manifestants. On ne s’interroge pas sur les 10 000 grenades tirées par eux. Ni sur le fait que l’on ne peut plus masquer que par le silence médiatique ce que le mouvement de rue a compris, 5000 manifestants en colère de plus se coordonnant un minimum et l’Elysee tombait. La logique de répression flirte avec la rupture.

Il y a quelque chose de la fin des régimes soviétiques dans ce crépuscule de l’extreme-capitalisme. Cela me rappelle mon enfance et la liquéfaction de la peur dans les « Pays de l’Est ». Le moment où le verrou cède de l’intérieur, celui où ceux censés tenir le système par la force n’y croient plus et savent leur femme, leurs enfants plus proches de ceux qu’ils matraquent, comme eux plus loin de ceux qu’ils protègent. En 68 les ministres avaient leurs enfants dans les manifs, en 2018 ce sont les CRS eux-mêmes.

A la télé on se rediffuse en boucle les images collector et en caméra embarquée, des CRS débordés par les « casseurs » (non, les émeutiers). Oui, un affrontement ça cogne, l’eau ça mouille… Les manifestants pourtant sont aussi blessés à ce jeu de testostérone, non ? Il faut aller sur les réseaux pour voir les vidéos de femmes battues (tiens, plus de Meetoo là), de grands-mères malmenées, d’étudiantes en larmes. Et la petite mamie tuée par une grenade ? Là encore, bien que la grenade tueuse vienne sur ordre de Macron, il semble, par la grâce des mots, que la faute en soit portée aux gilet-jaunes.

On sent les journalistes menacés eux-mêmes, jouant leur salaire dans la bataille et relayant le murmure subliminal d’en-haut : « Si vous faisiez sagement vos courses, cela n’arriverait pas. Dispersez-vous, regagnez immédiatement vos télés. » Parce qu’ils devinent que le jeu de la liberté plait à ceux qui le vivent.
Le feu ça brûle…

Langlois-Mallet

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