Mélenchon, les limites de la vertu

Le dossier des assistants étant bidon, je pense que ce qui est visé commence à se dessiner : Sophia Chikirou et sa vie privée (qui ne me paraissait pas un secret) avec Mélenchon.

Le fait qu’elle ait une boîte de com’ indépendante (bénéficiaire donc des prestations de son compagnon-client et donc des remboursements d’argent public) va poser légitimement la question du mélange des genres.

On touche là à autre chose que les malversations ou l’enrichissement malhonnête; juste le côté « ficelles » de la vieille politique, ses pratiques féodales et les petits arrangements de gens qui donnent tout, leur santé et le reste à leur passion pour la chose publique et estiment que cela mérite bien les avantages qui sont associés au pouvoir (et en attendant quelques petites compensations qu’ils ont le pouvoir de se voter à eux-memes au sein des structures qu’ils contrôlent).

Les hommes politiques normaux ont ainsi les mêmes comportements que les petits patrons qui se votent à eux-mêmes et à leurs proches (souvent mis à contribution) de bons dîners au resto avec la carte de l’entreprise, après avoir durement bossé.

C’est intéressant de le dénoncer, pas pour la gravité des faits eux-mêmes, mais parce que pour les dissimuler (le fameux mystère du pouvoir), il faut introduire tout un biais dans des relations saines et normales d’un groupe. « Le Chef » décide… et il y a un certain nombre de questions que l’on ne pose pas au sein d’un parti, d’un journal ou d’une entreprise où tous lui doivent (dans le sens matériel, mais aussi dans le sens noble du mot) beaucoup plus que les privilèges qu’il se vote.

Beaucoup de gens sont indépendants (et, où) précaires parce qu’ils n’aiment pas cotiser à ses pratiques. Personnellement je sais aussi pourquoi je ne suis pas à La France Insoumise et pourquoi j’ai refusé une tête de liste qu’ils m’avaient proposé.

Pas parce que je les regarde comme des malhonnêtes, mais parce que je n’aime pas cette culture d’organisation issu de la vieille gauche institutionnelle; du PS en particulier.

Je vais quand même continuer à les défendre pas parce que je les crois purs comme neige. Mais parce que le monde est très pourri et dangereux et que je garde une distance aussi avec ceux qui, dans un désir de pureté absolu des individus, en arrivent à oubli du jugement politique.

DSK était-il un salaud avec les femmes ? Sûrement. Je crois surtout qu’il aurait pris des décisions économiques et politiques dangereuses.

Fillon était il boulimique de signes d’ostentation matériels ? Sûrement. Tapait-il dans les caisses ? Surement. Il aurait surtout été un libéral toxique et à la fois un défenseur de l’indépendance du pays.

Marine Le Pen nourrissait-elle le FN en tirant sur l’argent public européen ? Sûrement. Mais elle nous aurait surtout fait courir le risque d’une guerre civile identitaire.

Hilary Clinton était-elle ce tout et pire que dénonçait Trump ? Sans doute, mais elle était le choix entre une forme de pire institutionnel face à une autre, primitive.

Lula a t-il touché des pots de vins ? Probablement et quand bien même, n’était-il pas dans la corruption générale du Brésil, la solution de la vertu publique ? Encore plus face au cauchemar que dessine son adversaire ?

Je suis tout prêt à croire que les pratiques de Melenchon ne me correspondent pas. Il n’en incarne pas moins aujourd’hui, non pas la réalité d’un gouvernement philosophique, mais à la veille d’une situation de crise inédite, la moins mauvaise équation française (je veux dire fidélité au meilleur de notre histoire, indépendance et humanisme, de la politique, justice sociale et conscience écologique) en position personnelle et politique de peser et de tenir un rapport de force. C’est beaucoup ! C’est même une chance énorme.

Après je suis certain qu’en prenant les ordinateurs de vingt militants et en fouillant des domiciles, on trouvera toujours matière à monter qu’ils ne sont pas cannonisables.

Mais la question ne se mesure pas à eux-mêmes, ou à l’idéal évangélique mais par rapports aux autres offres du contexte.

Macron est-il plus vertueux parce que la Justice n’enquête pas sur ses comptes de campagne ? Parc que l’on a fermé les yeux sur le scandale de Las Vegas ? Sur celui de la disparition des sommes énormes gagnées dans les banques d’affaires ?

C’est bien sûr sans commune mesure. Mais tout cela n’est qu’une goutte d’eau pourtant. Le vrai scandale politique n’est même plus examiné parce qu’on a le nez sur les personnes. C’est celui des politiques.

Politiques économiques du pouvoir macronnien :

Où sont les dizaines de milliards volés au Trésor public ? Les dizaines d’autres détournés vers les entreprises du CAC40 ? Les milliards non réclamés de la fraude fiscale ? Etc…

Plus grave encore qu’elles seront les conséquences de la politique du glyphosate ? Des bébés qui naissent sans bras ou la disparition des oiseaux ?

Voilà les vraies mesure des choses qui me, nous, concernent en politique. Mais maintenant, s’il faut toute l’énergie de tous les médias une semaine durant plus l’aide d’un juge pour nous prouver que Mélenchon n’est pas un type très sympa si on lui fait peter les plombs. On devrait y arriver. Juste ce n’est pas la question que je me pose.

David Langlois-Mallet

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