Le cinéma de crise de Macaigne

 

Si comme moi vous aimez les films, les livres, les chansons, les articles ou je ne sais quoi d’autre qui essaie de nous dire « où » nous en sommes… Je vous invite à mon tour à aller vous faire bousculer par «Pour le réconfort » Vous y verrez un film qui parle depuis ce « où » là, justement.

Moi j’y allais, cheminant avec deux interrogations en tête sur notre beau pays. Dans la première, je me demandais comment nous pouvions être à ce point désarmés, passifs, résignés, autant devant le coup de massue économique de Macron et de ses amis, que dans le renoncement aux libertés publiques. Un pays sans force, sans combat.

L’autre. Je songeais à cette France républicaine et à toutes les couleuvres qu’elle avale en rafale depuis qu’elle a perdu sa légitimité culturelle. La dernière étant la restauration d’une culture monarchiste au profit des actionnaires, ceci venant après la diversité culturelle ou le retour du religieux.
Bref, quelques questions banales sur ce moment… ou gravitent les enfants des immigrations. Mais c’est à une France du choc entre délaissés pathétiques et héritiers blasés qu’allait me convier le film.

L’action du film se passe dans l’Orléanais, comme une suite à «Tonnerre » ou l’acteur Macaigne explorait déjà, en Bourgogne, le pays réel de l’échec et du désespoir. C’est le portrait d’une France avariée, bloquée, confite en haines recuites, en solitude et en mal de vivre entre l’envie des uns et l’indifférence des autres , réglée au désespoir par le vieillissement de tous.

La caméra de Macaigne choisit comme champ de crise une France de village confrontée au retour – ou au passage – de deux héritiers, devenus globe-trotters du globish world et qui, après avoir mangé l’argent de papa, sont contraints de venir en vendre les restes, un château. Sur la propriété, poussent les rêves qui ne pèsent pas lourd d’une écolo amoureuse des arbres et de l’avenir, mais aussi le projet d’expansion d’une maison de retraite, seul horizon rentable d’un pays de vieux.

Le film, tourné sur le vif, sans moyen, sans équipe, avec des acteurs improvisant en partie leur rôle, un auteur écrivant tout en tenant la caméscope, nous prend à la gorge dans une saisissante catharsis française ou aristocrates et sans-culottes, se jettent au visage les haines que nous voyons chaque jour autour de nous, tout en buvant (trop) de coups ensemble.

France vertige de vide et de solitude… Des larmes au pied des croix muettes et des appels désespérés à un Papa absent. Et ce sentiment, très bien exprimé par l’auteur, que nous ne savons plus ou nous sommes, de nos rêves, des promesses de bonheur de nos parents ou des prophéties de malheur pour nos enfants, de notre mal réel ou supposé à voir se faner les choses, mais que nous approchons, comme cette histoire d’une sorte de dénouement.

Je ne dirais pas que c’est agréable, même si l’on y rit, c’est juste nécessaire. Si vous avez soif du temps, courrez-y, vous respirerez mieux après ces étouffés. Mais n’y amenez pas votre copine japonaise juste après qu’elle ait vu Amélie Poulain, de crainte qu’elle ne soit hospitalisée d’urgence pour le fameux Syndrome de Paris. Celui où l’on soigne à St Anne, les victimes de la trop forte dissonance entre sa réalité et le rêve français. Celui pour lequel nous devrions tous consulter d’urgence.

Langlois-Mallet

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s