Grand Paris. Permettre aux gamin-es de réinventer Paris

Les politiques publiques maintiennent Paris dans un lien quasi haussmannien avec l’industrie du luxe et du tourisme. Renouer avec le moteur de civilisation parigot et sortir du duty-free culturel parisianiste, mettre en marche l’énergie créative des habitant-es plutôt que prostituer l’image de Paris. Chiche ?

Gamin, je dessinais pour réinventer l’île de la Cité, mon quartier qui avait été presque complètement rasé par Haussmann. Je me heurtais à ce problème : on ne réinvente pas la ville seul. La ville vivante ne peut être l’acte d’un créateur, elle est l’expression collective d’une multitude active sur des générations.

Dans les années 90, à eu lieu une invention collective importante. On a assisté à une explosion de squats d’artistes dans l’Est parisien, là où il y avait encore des alvéoles, des espaces libres. Des artistes, fatigués d’attendre du politique l’attribution improbable d’un atelier individuel, se sont dits : faisons-le nous-mêmes !

En s’appropriant collectivement un lieu, ces œuvriers et œuvrières (sans lâcher leur œuvre individuelle) réinventaient du vivre ensemble, du collectif, mais aussi, en ouvrant sur le quartier, de l’espace public, un lieu de fête gratuites ou d’expo etc.. Donc ils créeaient de la ville.

Aujourd’hui, ce mouvement de réinvention s’est heurté moins à des projets privés qu’aux  politiques culturelles de la ville qui ont eu pour effet de l’expulser hors les murs ou de l’absorber au moyens plus pervers encore de conventions précaires renouant avec la dépendance dépendance au fait du prince.

Une situation plus précaire que l’atelier en somme.

Ces politiques publiques maintiennent Paris dans un lien quasi haussmannien avec l’industrie du luxe et du tourisme. Témoin le cumul des fonctions de l’adjoint durant 12 ans entre direction de la stratégie de la Ville et adjoint à la culture du groupe LVMH (à moins que ce ne soit l’inverse, car à Paris d’expo Miss Dior, en expo Swarowski on ne sait plus d’ailleurs ce qu’est Culture de ce qui est duty free). L’argent et le pouvoir mêlés jouent ainsi contre le vivre ensemble, contre la vie des quartiers, contre l’inventivité.

Renouer avec l’expression spontanée de la ville
Les habitants ont besoin de mixité sociale et de lieux carrefour, de lieux relais indépendants (bars culture, caf conc, théâtre de quartier…) qui soient sur des logiques « ascendantes ». C’est à dire permettent l’expression de la société et non de la seule parole descendante de l’Institution et des artistes qu’elle a sélectionné avec l’aide des gros marchands, favorisant cet art qui n’a plus rien à dire et se pornographie, comme les pub du luxe, pour faire croire à la l’insolence.

Le rôle d’une politique éclairée, serait de rompre avec cette féodalité. De permettre l’expression des Gamin-es de la ville. Ces paroles des gavroches et des gisquettes du Grand Paris des cultures et des diasporas. Cette culture populaire du mélange (hier d’Auvergnats et de Bretons, aujourd’hui en plus de Kabyles et de Peuls) qui a toujours porté le sens politique et la critique des conformismes et des habitudes passéiste des pouvoirs.

A travers ces diversités, plutôt que dans une mégaphone univoque , des valeurs nouvelles irriguent la société, celles dont nous avons besoin à chaque époque pour nous intégrer à notre avenir dans un monde qui change. Des représentations qui fassent sens, en prise avec la réalité, qui nous permettent de nous relier, de nous aimer ou pour faire ensemble. Celles sans lesquelles nous sommes condamnés, comme la télé à la nostalgie des années 60, au conformisme, voir au vote nostalgique.Il y a là, dans cette culture parigode éternelle et diverse, un vrai facteur de civilisation qui a toujours été le moteur de cette ville. Un potentiel de Renaissance et d’utopie qu’il nous manque pour continuer à vivre ensemble dans cette France en dépression.


Le système prostitutionnel du Paris romantique

À l’inverse quand les politiques successives s’acharnent depuis 40 ans à détruire à droite, ou à gentrifier à gauche les quartiers populaires, Paris devient cette ville froide, muette passive, livrée à la parole publicitaire. Elle est une galerie marchande, la vitrine commerciale d’un système qui tire le maximum de sa spéculation sur elle.

L’institution excite exhibe dans le monde son image de plaisir (comme dans toute pornographie de plus en plus sans réalité) dopant le tourisme et excitant la spéculation immobilière au détriment des habitants.

Elle favorise d’abord ce tourisme déshumanisé au détriment des habitants pour qui il devient difficile de se loger, mais les touristes eux-mêmes en partent déçus parce qu’il ne s’y passe rien et que la rencontre n’a pas eu lieu.

On ne vient pas dans une ville comme Paris que pour voir de belles pierres mais pour faire des rencontres, vivre des ambiances, avoir des idées.

On vient à Paris pour sa spontanéité de rue, pas pour déambuler entre les tombes augustes dans le mausolée d’une civilisation engloutie : celle du plaisir d’être ensemble et de la liberté politique.

David Langlois-Mallet

 

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